L’IA passe à la caisse

L'IA passe à la caissePublié le : 16-11-2020

#pratiquesnumeriques

Des nouvelles épiceries apparaissent dans nos villes, sans caissier ni vendeur, mais avec de l'intelligence artificielle partout. Bienvenue dans les courses du futur !
Plainpicture / Deepol

Comment sera l'avenir de la supérette ? En France, en 2020, avec la Blackbox de Monoprix installée à Clichy ou la Boxy de Storelift à Rungis, on peut affirmer qu'elle va ressembler beaucoup à un conteneur rempli de frigos et d'électronique... mais sans vendeurs ! L'expérience est assez étonnante : vous scannez l'appli du magasin sur votre portable pour ouvrir la porte, vous vous servez dans les vitrines du petit espace de 18m2 puis vous repartez, sans avoir sorti votre portefeuille. Le prix des articles est automatiquement débité sur votre compte en ligne grâce à une armée de capteurs qui analysent ce que vous avez pris dans les rayons.
Storelift

L'idée est de proposer dans un magasin physique un parcours client aussi fluide et « sans couture » que sur un site web. Pour amadouer des chalands habitués à la facilité du shopping en ligne, les prochains supermarchés veulent donc faire disparaitre le plus pénible : les files d'attentes aux caisses... et pour cela effacer les caisses (et les caissières) du paysage ! Pour éviter d'une part que tout le monde parte sans payer et que d'autre part vous soyez facturé exactement de ce que vous avez acheté, il est nécessaire de déployer des trésors High Tech de surveillance. Monoprix a opté pour des capteurs de poids très précis afin d'identifier les articles choisis en attendant que leur partenaire XXII arrive avec une technologie vidéo mature. Storelift utilise de son côté un mélange de caméras et de capteurs semblable à la solution Just Walk Out développée aux États-Unis par le géant Amazon, dans ses 25 magasins Amazon Go ouverts depuis 2018. Une intelligence artificielle analyse vos mouvements, reconnait les produits... Cela n'a pas manqué de provoquer quelques bugs gênants (réparés depuis) : par exemple, comme c'est le client et non le panier qui est scanné, si vous aidiez quelqu'un à prendre un produit par exemple, c'est vous qui étiez débité !

Des données en rayon

Avantage de ces magasins autonomes, ils peuvent rester ouvert 24 h/24 et 7 j/7, ce qui peut rendre de précieux services pour des travailleurs en horaires décalés. De plus, leur coût bas permet un déploiement dans des zones rurales sans commerce. La gestion des stocks entièrement automatisée au produit près, s'avère en outre beaucoup plus réactive et précise. La CNIL surveille de près ces nouveaux magasins : les données d'analyse du client doivent respecter scrupuleusement le RGPD. Le paiement par reconnaissance faciale qui se développe en Chine ne sera pas donc pas possible de sitôt chez nous.

Interview William Eldin Directeur général de XXII, start-up spécialisée en computer vision et deep learning

Quelle technologie développez-vous pour le shopping du futur ?

Nous sommes spécialisés dans la vision donc nous travaillons en autres sur des magasins autonomes qui utilisent uniquement des caméras pour reconnaitre de manière automatique qui prend tel produit et le met dans son sac. Ce n'est pas encore suffisamment abouti pour être le seul système de capteurs dans un magasin autonome qui impose 99.9 % de réussite, mais ça va venir !

Comment fait-on pour automatiser un magasin ?


XXII

Pour cela il faut apprendre à des algorithmes d'intelligence artificielle à reconnaitre les produits et l'attitude des clients. Pour les premiers, nous avons scanné les 500 produits en rayon et simulés sous toutes les luminosités et tous les angles possibles… Nos algorithmes reconnaissent à 100 % les produits. Après il faut entrainer le réseau de neurones à « lire » les attitudes des clients : prendre un produit, le regarder, se le passer...

En 2018, vous aviez équipé le 4 Casino, un magasin autonome expérimental à Paris ? Quelles leçons en ont été tirées ?

Nous nous sommes rendu compte qu'il était indispensable que l'installation du système de tracking des clients soit pensée dès la conception du magasin et non à la fin ! Cela aurait permis d'optimiser les positions des caméras et d'éviter d'avoir un spot qui gêne par exemple ! Nous avons aussi appris que les reflets dans les vitres des frigos étaient un vrai challenge pour notre intelligence artificielle. Mais l'obstruction, c'est-à-dire quand une personne qui passe empêche de repérer ce que prend un client, reste notre plus gros défi.

Le tracking du client, ce qu'il regarde, combien de temps, ce qu'il prend ou remet, est une mine d'or marketing. Que faites-vous de ces données ?

Tout d'abord précisons que les gens qui pénètrent dans le magasin consentent au tracking biométrique. Nous sommes donc en règle avec la CNIL. Par ailleurs, nous nous sommes positionnés très clairement contre l'exploitation de ces données. Notre modèle économique n'est pas basé sur de la pub, mais sur une licence logicielle. Nous avons un comité d'éthique qui ne transige pas sur ce point-là !

Une expérience client fluide est-elle forcément synonyme de magasin sans humain ?

Non bien sûr, je crois beaucoup au conseil et à l'échange avec des vendeurs. Mais je crois aussi que personne ne s'épanouit à être à la caisse d'un magasin. Et si cette technologie peut éviter ce métier pénible, alors je pense que c'est une bonne chose. On pourrait imaginer un magasin sans caissier, mais avec un boucher, un fromager... La formation sera la solution.

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