Être Digital nomad ou comment travailler tout en voyageant.

Être Digital nomad ou comment travailler tout en voyageant.

#deconnexion

La majorité d'entre nous à repris le chemin du bureau. Mais certains, les nomades digitaux, travaillent à leur compte tout en voyageant. Leur vie peut sembler paradisiaque, mais attention, pour éviter les grosses galères, écoutez les conseils des pros.
Photo by Denys Nevozhai on Unsplash

En ce triste vendredi pluvieux de rentrée, dans votre open space grisâtre d’une tour anonyme de La Défense, ce n’est pas la Reine des Neiges qui entonne « Délivrée, libérée… », mais bien Martine, votre désormais future ex-collègue. Et pour cause, l’ancienne happiness chief officer de la boîte a choisi de dire adieu à sa chaise de bureau ergonomique pour vivre d’amour et de… connexion Wifi, le tout aux abords d’une plage de sable fin. Halte au suspense, Martine n’a pas gagné au Loto, elle se lance tout simplement dans le nomadisme digital. Son but ? Continuer de travailler, mais en voyageant.

Ce qui paraissait encore de la pure science-fiction à l’époque du Minitel est aujourd’hui une réalité bien ancrée dans la tête des travailleurs en quête de liberté : on peut se lancer dans une aventure professionnelle itinérante pérenne grâce aux moyens technologiques actuels. Alors que le confinement a contraint 40% des employés à télétravailler, nombreux sont ceux à s'être posé la question non pas de quitter leur travail, mais de le pratiquer ailleurs qu'au bureau.

Mais qui sont les nomades digitaux ?

Derrière ce concept récent, popularisé par Timothy Ferisse dans son best seller La semaine de 4 heures, se cachent des travailleurs unis par leur versatilité géographique et leur goût de la découverte. Difficile de les quantifier, mais la tendance a le vent en poupe, à en croire les 3,1 millions de photos taguées « digital nomad » sur Instagram. Les digital nomads pratiquent leur activité entièrement ou partiellement en télétravail et peuvent passer un mois à Bali avant de sauter dans un avion pour New York. On retrouve parmi eux une grande majorité de freelances dont le job se prête plus volontiers à la bougeotte, comme les métiers du graphisme, du journalisme, de la communication ou du développement informatique. On retrouve aussi poignée de télétravailleurs ou « remote workers » attachés à une boîte. Ces derniers optent volontiers pour un habitat dans l'Hexagone, mais loin de la capitale. Paris perd d'ailleurs environ 10 000 habitants par an, attirés par une meilleure qualité de vie et de plus grands espaces en région.

L'idée de travailler un pied au festival de Rio, un autre sur une plage sous les tropiques vous tente ? Avant de boucler votre sac à dos et dire ciao à vos proches, quelques astuces et recommandations semblent impératives. N’en déplaise aux mauvaises langues, les personnes qui ont choisi d’être toujours ailleurs et partout chez eux, sont loin d’être en vacances perpétuelles…

« Le gars qui bosse au bord de la piscine en sirotant son cocktail, c'est cliché ! »

L'image de vacances perpétuelles a le don de mettre les nerfs en boule de Jérémy, auteur du blog à succès sur le sujet Roadcalls.fr et nomade digital depuis 2011 : « Vous ne pouvez pas imaginer le nombre de fois où j'entendu cette phrase. Au début, elle me blessait profondément car j'ai bossé et je bosse toujours comme un dingue pour faire marcher mon activité. Mais beaucoup de gens ne font pas la distinction entre être en voyage et être en vacances, qui sont pourtant deux choses extrêmement différentes. » Et notre chasseur-cueilleur d’Internet d’ajouter : « À mon sens, la principale erreur est d'idéaliser ce mode de vie et de se lancer dedans sans savoir de quoi il en retourne réellement. C'est loin d'être le cliché que l'on retrouve trop souvent sur le Web, à savoir le gars qui bosse au bord de la piscine en sirotant son cocktail. Je pense que cette erreur, tous les nomades digitaux l'ont faite un jour, moi le premier, mais ce n’est qu’un cliché car totalement inefficace d’un point de vue de la productivité ! ». Fin du mythe ! En quête de congés payés de 52 semaines ? Vous serez donc gentil de passer votre chemin et de retourner vous prendre un cappuccino à la machine à café…

Stress, décalage horaire et full remote

Alors quelles sont les erreurs à éviter pour ne pas voir votre rêve d’explorateur se transformer en cauchemar ambulant ? « Tout d’abord, il faut essayer ce mode de vie. Travailler en voyageant, ce n’est pas fait pour tout le monde. Certains professionnels préfèrent séparer la vie pro de la vie perso mais avec le décalage horaire, un nomade digital est quasiment toujours connecté. Ensuite, il vaut mieux bien préparer son projet professionnel avant le départ. Faire du réseautage, se constituer un beau portefeuille de clients au préalable… bref, se sécuriser un peu pour avoir un minimum de revenus assurés avec son emploi en full remote, c’est-à-dire 100% à distance », nous confie Lise Slimane, formatrice et consultante pour l’agence La Minute Freelance, qui pratique le nomadisme en ligne depuis 2018.

« Ils ont réinstallé mon ordinateur… en suédois ! »

Question points de chute, le monde est vaste et les opportunités infinies à l’échelle d’une vie : « J’adore Bali pour sa communauté nomade : il est facile d’y rencontrer des locaux, des Indonésiens venus d’autres îles et des profils internationaux. L’environnement est stimulant intellectuellement, et les paysages balinais sont à couper le souffle. Je recherche toujours trois choses en voyage : une communauté d’entrepreneurs (locaux ou internationaux), la beauté des paysages et un confort de vie. Pour cela, j’ai beaucoup aimé mes séjours en Thaïlande, en Turquie, au Nicaragua et en République Dominicaine », affirme Lise Slimane. Et notre globe-trotteuse de nous avertir sur un point crucial du nomadisme numérique : « Gérer la logistique peut être très anxiogène. Lorsque la connexion Internet est mauvaise ou qu’il y a une coupure d’électricité, on doit parfois annuler des rendez-vous clients à la dernière minute. Heureusement, c’est rare. Mais c’est un stress non négligeable. » De petites contrariétés techniques auxquelles Jérémy y a aussi été confronté : « Les pannes d'ordinateur sont parfois un enfer à gérer. Ma première a eu lieu en Suède. J'avais mis mon PC à réparer dans une petite boutique locale. L’informaticien avait alors dû me réinstaller mon système d’exploitation Windows, mais une fois l’ordinateur allumé dans ma petite chambre d’hôtel, tout était en… suédois, j'ai bien galéré pour remettre tout ça en français ! »

Pour faciliter l’installation des nomades digitaux, de nombreuses start-ups se sont lancées sur le filon. Elles proposent des formules clés en main pour vous faciliter la tâche ou tester ce mode de vie à l’instar de roam.co, un réseau d'espaces à vivre partout dans le monde, la connexion en plus, les galères en moins. D'autres sites proposent des missions pour travailler à distance, comme Malt, le Linkedin des freelances, ou encore We Work Remotely.

Freelance ou salarié ?

Ces précieux tuyaux en tête, reste à savoir quels sont les métiers qui permettent d’adopter cette itinérance professionnelle ? « Si l'on considère que les seules vraies contraintes pour devenir nomade digital, c'est d'exercer un métier qui se contente, pour fonctionner, d'un ordinateur et d'une connexion Internet, ça ouvre la porte à énormément d'activités : consultant, développeur Web, graphiste… » Cependant, un critère semble rassembler tous les nomades digitaux. « Pour moi, il est préférable d’être travailleur indépendant car le fait d'être salarié implique des contraintes et souvent des horaires imposés rendant le côté digital nomad plus difficile à tenir réellement sur le long terme. Ceux qui s'orientent dans le monde du nomadisme digital via le salariat peuvent vite vouloir compenser le bonus d'être en voyage par un excès de zèle pour prouver au patron et aux collègues restés en place qu'on est bel et bien en train de travailler. Le jour où on commence à répondre à des mails de boulot le dimanche ou à 23h avant de se coucher, c'est foutu ! », conclut Jérémy.

Alors, si vous avez des envies d’ailleurs et de liberté, nous vous recommandons tout de même de bien étudier votre projet de digital nomad.

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