Nos téléphones et nos assistants vocaux nous écoutent-ils vraiment ?

Nos téléphones et nos assistants vocaux nous écoutent-ils vraiment ?

Nos téléphones et nos assistants vocaux nous écoutent-ils vraiment ?Publié le : 07-07-2021

#pratiquesnumeriques

Nos smartphones et nos assistants vocaux nous proposent des publicités étrangement en accord avec nos discussions. Sont-ils trop curieux et toujours à notre écoute ? Avons-nous un espion dans notre poche ou dans notre salon ? On vous éclaire.
Teona Swift by Pexels

« Ce que je vais dire peut ressembler aux théories conspirationnistes auxquelles je ne crois pas, mais c'est étrange. Je ne me rappelle pas avoir rechercher sur Internet quelque chose en rapport avec l'Italie depuis longtemps, mais cette publication en italien sur un restaurant de pizza est apparue sur mon fil d'actualité Instagram après que mon ami m'ait appris à prononcer quelques mots dans cette langue ». Vous vous reconnaissez peut-être dans ce témoignage… En tout cas une chose est sûre, de plus en plus d'internautes font part d'expériences similaires sur la toile.

En plus de nos smartphones, l'arrivée d'assistants vocaux tels que la Google Home ou Alexa d'Amazon nous porte de plus en plus à croire que nos quotidiens n'ont plus de secrets pour les géants du Web. Alors, dis, Siri, peux-tu réellement te boucher les oreilles ?

Publicités ciblées, vous êtes cernés ?

Nous n'avons plus de secrets pour nos téléphones portables. Une pensée que beaucoup de personnes partagent à l'heure où la question de la protection des données intéresse de plus en plus la population. Alors bien avant de tendre l'oreille, le Net a pris pour habitude d'observer scrupuleusement les faits et gestes de ses utilisateurs. Si vous  recherchez sur la toile la prochaine robe qui partira avec vous en vacances, il n'est pas étonnant de voir ensuite apparaître de nombreuses suggestions de sites vous vendant ce type de vêtements. Google lirait-il dans une boule de cristal ? Pas vraiment. Si les moteurs de recherche et de nombreux sites visent souvent dans le mile, c'est qu'ils fonctionnent en majorité avec des cookies. Ces fichiers permettent d'enregistrer des informations relatives à votre navigation sécurisée sur votre ordinateur, tablette ou téléphone mobile. Les dits cookies comportent notamment la création des fameuses publicités ciblées. 

Cependant, depuis avril 2021, la CNIL (Commission nationale de l'informatique et des libertés) a élaboré une grande réforme de l'utilisation de ces cookies en donnant notamment la possibilité aux internautes d'accepter, refuser ou personnaliser ces derniers. Mais la protection de nos données reste un peu plus floue quand on passe à l'usage de nos smartphones et de nos assistants vocaux. Comme le rappelle le média Presse Citron, les dernières recommandations de la CNIL sur le sujet remontent à 2011 ! Aïe...

Être sous écoute, quel intérêt ?

Bien que la vocation première de nos smartphones et autres assistants vocaux ne soit pas de nous écouter, certains ont pourtant les outils pour le faire. Les assistances Siri ou encore Google répondent à nos interrogations quand nous leur donnons le feu vert, mais ces fonctionnalités sont programmées pour nous écouter y compris de manière passive, et en permanence pour pouvoir se déclencher à notre voix. Ainsi, quand vous discutez avec votre assistant Google, votre voix est automatiquement enregistrée et cela peut générer l'envoi des fameuses publicités ciblées. En revanche, comme l'explique BFM qui a enquêté sur le sujet : « Si Amazon et Google indiquent utiliser les requêtes de leurs utilisateurs pour de la publicité ou de la vente ciblée, aucune de leurs conditions générales d'utilisation ne les autorise à le faire en dehors de ce cadre, et à écouter l'ensemble de ce qui peut se dire dans une pièce sans en avertir l'utilisateur. Sur le papier, ils en ont toutefois la possibilité technique ».

L'utilisation du micro de nos portables par Apple ou encore Google n'inclut donc pas officiellement de mettre la main sur nos conversations. Pour en avoir le cœur net, des chercheurs en cybersécurité de l'agence Kaspersky ont effectué un test simple réalisable par tout le monde. Pendant une semaine, ils se sont amusés à prononcer des mots au hasard chez eux, afin de déterminer si d'éventuelles publicités ciblées en rapport avec ces expressions leur étaient ensuite proposées. Résultat : aucune référence directe à leurs conversations. Alors, des portables qui nous écoutent, une belle illusion ?

De nombreux experts affirment, aussi étonnant que cela puisse paraître, que ces coïncidences n'en sont pourtant pas. Les algorithmes utilisés par les géants du Web seraient tellement puissants qu'ils seraient capables d'identifier nos envies seulement en se basant sur nos recherches ou bien en identifiant celles de nos amis. En clair, le tissu informatif révélé par nos navigations serait tellement dense que l'on parlerait de « double numérique ». Notre « nous » numérique connaîtrait donc avec précision nos goûts et nos envies de manière à ce que les publicités ou les contenus qui nous sont proposés soient en mesure de prédire avec justesse ce dont nous avons besoin. Un concept expliqué avec pédagogie par celles et ceux qui sont aux manettes de ces industries, dans le documentaire « Derrière nos écrans de fumée » diffusé sur Netflix.  A vos pop-corns !

Comment fermer les vannes ? 

Au moment d'installer une application, nous acceptons bien souvent une montagne de conditions dont nous nous passons bien de la lecture. Un pacte avec le diable ? Une vision un peu tirée par les cheveux, mais il est vrai que sans regarder les termes que nous acceptons scrupuleusement, ces applications peuvent partir à la pêche aux données plus facilement. De nombreuses applis comme Instagram ou encore des outils de traduction utilisent donc le micro de nos appareils, mais là encore elles n'ont aucun droit d'utiliser nos conversations quotidiennes au risque de se faire sévèrement réprimander s'il est prouvé que nous sommes écoutés à notre insu. 

Écoute ou pas écoute, la question est donc plus épineuse qu'il n'en a l'air. Pour les plus méfiants, il existe tout de même des moyens de vérifier l'utilisation du micro de vos mobiles par exemple, et d'en couper l'usage. Pour les utilisateurs d'équipements Apple, depuis 2020, un petit point lumineux orange apparaît en haut à droite de votre écran pour vous indiquer si oui ou non votre micro est activé. Un petit signal qui est cependant disponible uniquement avec la mise à jour iOS 14. Sur Iphone et Android, vous avez aussi la possibilité de trier simplement les applications autorisées ou non à utiliser votre micro, via les paramétrages. Enfin, sachez que pour vos navigations Internet sur le moteur de recherche Google ou sur les portables utilisant la fonctionnalité « Ok Google » (Android), vous pouvez jeter un œil à toutes les données qui sont enregistrées dont vos requêtes audio, en tapant simplement dans votre barre de recherche « Mes Activités ». Libre à vous alors de gérer et de supprimer ces derniers, plutôt rassurant non?

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