Déconnexion, ces parenthèses enchanteresses

Déconnexion, ces parenthèses enchanteresses
A lire aussi

Déconnexion, ces parenthèses enchanteressesPublié le : 26-05-2021

#conseilsetastuces

Il faut savoir de temps en temps s'extraire du flot continu de nos notifications pour relativiser, souffler et profiter de l'instant !
Michelle Wtk by Unsplash

Savez-vous combien de fois aujourd'hui vous avez consulté votre portable pour lire un email, rafraichir votre fil Twitter, réagir à une blague sur WhatsApp bref répondre à votre moyenne de 117 notifications quotidiennes ? 94 fois (d'après une étude de 2019) ! Cette omniprésence, véritable injonction à la « mobilisation totale » comme l'appelle le philosophe italien Maurizio Ferraris, ne s'interrompt même plus pendant les vacances. En 2020, selon une étude de QAPA, 71 % des Français répondent à leurs emails professionnels durant leurs congés. « L'éloignement n'impose plus la coupure : le voyageur doit résister à ses propres tentations de connexion, un simple geste pouvant le ramener rapidement et facilement chez lui, par téléphone, par courriel ou par Skype » analyse Francis Jauréguiberry, sociologue et co-auteur du livre Le voyageur hypermoderne.

« Donne-moi une minute », de l'importance de lâcher nos écrans

« En tant que père de famille, et surtout en tant que médecin, j'observe les problèmes que posent l'addiction aux écrans, la surconsommation des produits digitaux chez les patients. Les écrans nous posent un tas de problèmes. Ils sont en compétition avec le temps que l'on consacre à d'autres activités. C'est du temps volé au sommeil et aux échanges familiaux. Il y a un impact sur l'écosystème psychologique humain », confie à France Culture Christophe André, médecin psychiatre spécialiste des troubles anxieux et dépressifs, et d'ajouter : « Comparé à la survie matérielle, faire une pause est considéré comme un luxe ».

Pour le neuroscientifique Michel Le Van Quyen - également auteur de l'ouvrage Cerveau et Silence - on vit dans une « économie de l'attention » qui mobilise constamment nos cerveaux et les épuisent. Le scientifique explique aussi que, lorsque « le cerveau fonctionne à plein régime, il consomme beaucoup de glucose. Ce qui génère énormément de détritus », et invite donc à opérer des moments de pause, de repos voire de silence pour nettoyer nos cerveaux et leur permettre de se régénérer. Il est urgent de prendre le temps de ralentir le rythme, de prendre du temps pour soi (et pour son cerveau !), de s'octroyer des temps de déconnexion loin des écrans.

Le mode avion pour rester sur terre

Dans ce modèle de la connexion permanente et de la réponse immédiate, l'idée de déconnexion fait donc son chemin (80% des Français y sont favorables) et apparait comme un moment où l'on peut se retrouver, profiter et faire le point. Francis Jauréguiberry souligne « lors du premier confinement, tout le monde a mesuré l'écart qui existe entre un moment vécu à distance et une vraie rencontre. De plus en plus, on se demande si ce qui est essentiel pour nous passe vraiment par le numérique ? » Il ne s'agit pas de se couper définitivement des réseaux mais d'en maîtriser la connexion, de se ménager des parenthèses. Bref, se déconnecter pour pouvoir se reconnecter à d'autres choses.

Avec la disparition progressive des zones blanches, cette déconnexion n'est plus subie, elle se choisit voire se recherche. Deux philosophies s'opposent pour la vivre. D'un côté, une déconnexion radicale et concentrée. Aux États-Unis, ReStart propose depuis 2009 des « detox digitales », 45 jours d'abstinence numérique en pleine nature, pendant lesquels les appareils connectés sont proscrits. On y redécouvre le temps long, les plages de silence…Moins extrême, en France, aujourd'hui, de nombreux hôtels offrent de mettre vos téléphones au coffre afin que vous profitiez au mieux du spa, de la piscine ou des cours de yoga. Le psychologue Serge Tisseron met en garde sur son blog « la plupart du temps, quand leurs participants reviennent chez eux, la tentation est grande de reprendre les mauvaises habitudes ! »

Créer des expériences déconnectées

 

Nombreuses sont les initiatives qui encouragent la déconnexion et qui accompagnent les temps loin des écrans. C'est notamment le cas d'Utana, qui propose de vivre une digitale détox pour petits et grands, au travers d'activités d'éveil, de lecture, d'écriture ou de jeux… Et par le biais de conseils pour bien vivre cette déconnexion. Pour Raphaël Cadoret, le fondateur de cette initiative : « Utana donne des solutions concrètes pour le mieux vivre ensemble. En effet, les écrans sont un formidable outil d'apprentissage mais ils sont beaucoup trop utilisés sur notre temps libre et on perd notre imagination... Comment développer une empathie ? Comment connaître l'autre si l'on est constamment derrière nos écrans ? ». Raphaël Cadoret souhaite donc stimuler notre créativité et donner des outils - notamment pour les parents - pour permettre à chacun d'adopter les bons réflexes et d'avoir des temps d'écran raisonné. « Il y a un effet de génération, lorsqu'on est né avec les réseaux sociaux c'est plus difficile de s'autoréguler, surtout pour les jeunes ! Les parents ont donc un vrai accompagnement à jouer en ce sens ».

Mais ces astuces et ces bonnes idées pour se déconnecter ne sont qu'une première étape pour Utana, dont l'ambition est de pouvoir créer des « expériences déconnectées » : des lieux de rencontres comme des bars, des festivals où chacun jouerait le jeu, le temps d'une heure ou de quelques heures, de profiter de l'instant présent, loin de son téléphone mobile.

Une jolie façon de s'éloigner du virtuel pour se reconnecter au réel !

Vos réactions doivent respecter nos CGU.