Quelle protection est mise en place pour les ours des Pyrénées ?

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Si toutes les conditions naturelles d'habitats sont favorables à son accueil dans la chaîne montagneuse, le vertébré reste classé dans la liste rouge des espèces en danger critique d'extinction sur le territoire national.
Si toutes les conditions naturelles d'habitats sont favorables à son accueil dans la chaîne montagneuse, le vertébré reste classé dans la liste rouge des espèces en danger critique d'extinction sur le territoire national.
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© Adobe Stock, YANN

Seul territoire habité par l'ours brun en France, le massif des Pyrénées est dépeuplé de ses rares boules de poils géantes. La Journée mondiale pour sauver les ours, le 23 février 2021, est l'occasion de se questionner sur cette espèce en danger critique. Quelles sont les protections mises en place pour la population ursine ?

Pour l'ours des Pyrénées, le XXème siècle a été une tragédie durant laquelle son nombre d'individus a drastiquement décliné. Ce fait a poussé la France à organiser sa réintroduction à l'aide de programmes (1996, 1998, 2006 et 2018). Si toutes les conditions naturelles d'habitats sont favorables à son accueil dans la chaîne montagneuse, le vertébré reste classé dans la liste rouge des espèces en danger critique d'extinction sur le territoire national. Cette difficulté à se développer de la part des mammifères s'explique par leur faible effectif, les problèmes de consanguinité ou d'éloignement entre les animaux, mais aussi leur cohabitation conflictuelle avec l'Homme qui l'accuse de nuire au pastoralisme. Selon le dernier rapport de l'OFB (Réseau Ours Brun), qui s'occupe de suivi annuel transfrontalier des ursidés, ils ne seraient qu'une cinquantaine en France : "En 2019, la population est composée d'au moins 23 femelles, 22 mâles et 7 individus de sexe indéterminé, dont 26adultes potentiellement reproducteurs (17 femelles et 9 mâles), 16 subadultes et 10 oursons de l'année."

Un plan ours signé par l'État en 2018

Mis au pied du mur par les chiffres alarmants, l'ancien ministre de l'écologie Nicolas Hulot a lancé un plan spécial pour sa réinsertion et sa préservation en estimant que "cet engagement de reconquête d'une biodiversité emblématique et remarquable des Pyrénées s'inscrit dans une politique européenne environnementale, qui s'attache aussi à prendre en compte les enjeux économiques et de développement de ce territoire de montagne".

Effectif pour une période d'une décennie, le projet "ours brun de la Stratégie Pyrénéenne de Valorisation de la Biodiversité 2018-2028" est consultable sur le site du préfet de la région Occitanie. Les enjeux sont détaillés : "la consolidation de la population d'ours sur l'ensemble des Pyrénées, la poursuite de l'acquisition de connaissances pour améliorer encore les mesures de cohabitation", "une logique de gestion de leur dynamique de population au sein d'une gestion globale de la biodiversité, "le soutien au maintien et développement des activités humaines en présence de l'ours", "le renforcement de la dimension patrimoniale de l'ours : l'ours, espèce protégée parmi d'autres, symbolisant la richesse de la biodiversité pyrénéenne considérée plus comme porteuse d'avenir qu'uniquement comme patrimoine à conserver" ou encore "la valorisation de la présence de l'ours en mettant notamment en place des mesures partagées de compatibilité de la présence de l'ours avec les activités humaines".

Les associations et les acteurs locaux veillent au grain

Nombreuses sont les associations qui s'assurent de sa sauvegarde. Financée par les subventions de la direction régionale de l'environnement du Midi-Pyrénées, par l'Union européenne ou par les dons de particuliers, Le Pays de l'Ours - Adet se bat depuis 1901 pour conserver une population viable d'ours qui est "indissociable de l'identité pyrénéenne" et plus largement la biodiversité de la région. Fusion de deux organisations militantes, FERUS est dédiée depuis 2003 à la défense de grands carnivores comme l'ours, le loup et le lynx. Elle oeuvre pour "le maintien et le renforcement" des ursus arctos. Autre grande engagée, AVES France (A Voice for Endangered Species née en 2005) s'attèle également à leur protection et à la sensibilisation du public. De son côté, le WWF bataille depuis trente ans pour l'acceptation des plantigrades en s'alliant notamment au FIEP (Fonds d'Intervention Eco-Pastoral) et à ses initiatives en faveur de l'ours brun eurasien. Ces groupements de personnes sont inscrits à la Coordination Associative Pyrénéenne pour l'Ours (Cap Ours), en charge de diverses actions.

La Commission Européenne est aussi vigilante : elle sévit

La sentence est tombée en décembre 2020. Suite à la disparition de trois ours tués par l'Homme cette année-là, la Commission Européenne a ordonné à la France de "mieux protéger l'ours brun des Pyrénées" mais aussi de respecter "les recommandations de réintroduction du plan ours 2018 - 2028". Après ce rappel à l'ordre, l'AFP a partagé une première nouvelle le 5 février 2021 : "La possibilité de recourir à des tirs non létaux pour effrayer les ours bruns dans les Pyrénées françaises a été annulée par le Conseil d'Etat : la plus haute instance de la justice administrative en France estime qu'ils peuvent porter atteinte à la survie de cette espèce menacée." Mais l'État n'a toujours pas réagi suite à la mise en demeure, le 25 janvier 2021, du président de la République et de la ministre de l'Écologie, Barbara Pompili, par une dizaine d'associations qui menacent de saisir prochainement le tribunal administratif si des ours ne sont pas réintroduits pour remplacer leurs confrères tués par l'Homme ces derniers mois.

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