Pourquoi la protection du loup fait-elle débat ?

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Bien que protégé au niveau international depuis 1990, l'espèce canis lupus subit un braconnage intense.
Bien que protégé au niveau international depuis 1990, l'espèce canis lupus subit un braconnage intense.
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© Adobe Stock, AB Photography

Dans les Vosges, le Jura, le massif central ou encore les Pyrénées, la polémique fait rage. Les éleveurs et les chasseurs ont une dent contre le loup. Ils développent leurs raisons de le qualifier de nuisible. De l'autre côté, les défenseurs de cette espèce protégée, réintroduite depuis peu sur le territoire et toujours rare, objectent. Récapitulatif du débat !

Il fait peur, agace les éleveurs et démange les chasseurs

Dans la mémoire collective, le loup maintient sa réputation de prédateur stratège, terré dans le fin fond de ses bois où il est roi. La peur est aussi entretenue par une certaine imagerie de l'espèce véhiculée par des légendes (la Bête du Gévaudan, le loup-garou) ou des classiques littéraires (le Grand méchant loup du "Petit chaperon rouge" ou des "Trois petits cochons"). Après une disparition du carnivore en France dès les années 1930, de premiers individus sont à nouveau observés sur les terres en 1992. De retour dans l'Hexagone, les animaux reprennent leurs marques et donc leur expansion spatiale. S'ils se nourrissent majoritairement de proies sauvages, de nombreuses attaques de troupeaux domestiques ont été déplorées par des éleveurs.

Selon le site Les Éleveurs Face au Loup, 31 départements auraient émis un signalement en 2018 : "En 2018, le loup a fait 12 515 victimes en 3 674 constats d'attaque. À ce nombre de victimes et de constats, il faut ajouter toutes les attaques qui n'ont pas fait l'objet d'un constat parce qu'elles n'ont pas fait de victimes (bien qu'elles aient fortement perturbé le troupeau), ou parce que le berger n'a pas retrouvé les victimes." Du printemps à l'automne, une période plus active de prédation sur le bétail est remarquée. En "stress permanent", les éleveurs déploient de nombreux moyens de protection pour "réduire l'impact" : "chien de protection, regroupement nocturne..., qui n'ont jamais permis de faire baisser le nombre annuel de victimes."

En février 2018, le Ministère de l'Agriculture et l'Alimentation a lancé le plan loup, "une nouvelle méthode de gestion de l'espèce". Dans la foulée, le magazine Le Chasseur Français partage l'annonce du "nombre de spécimens dont la destruction est autorisée" : "Plusieurs changements depuis l'année dernière dont le taux de prélèvement (comprendre abattage, ndlr) qui a été revu à la hausse, il passe de 17 à 19% avec toujours une possibilité de + 2% (possibilité d'autoriser la poursuite des tirs de défense simple dans la limite de 2 % de l'effectif, en vue de permettre la défense des troupeaux tout le long de l'année)."

Le loup, une espèce traquée en danger

Pour combattre cette anxiété liée à la proximité du loup, "bien souvent due à la méconnaissance de cet animal" précise FERUS, une multitude de solutions sont proposées : "Travailler en zones à loup peut nécessiter une réorganisation des zones pastorales. FERUS participe à des chantiers de création ou rénovation d'ouvrages et équipements pastoraux (parc, cabane, point d'eau, zone de regroupement...), qui facilitent la mise en oeuvre des pratiques de pâturage moins vulnérables." Selon une étude de l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage, menée sur neuf meutes sauvages, les proies domestiques ne seraient pas les plus demandées par l'animal, contrairement à l'idée reçue : "Le régime alimentaire est composé en moyenne (pour toutes les meutes) de 76% d'ongulés sauvages et de 16% de proies domestiques (ovins bovins et caprins compris). Les autres proies (marmottes et lagomorphes pour l'essentiel) restent anecdotiques dans leur représentativité (

La première association nationale de protection et de conservation du loup rappelle que 10 à 20 000 loups arpentaient la France au XVIIIe siècle : "À l'issue de l'hiver 2019-2020, la population de loups en France est estimée à 580 individus (source : OFB). Par comparaison, il y a 1500-2000 loups en Espagne et 1000-1500 en Italie." Le développement de la croissance de la population lupine est difficile, avec un taux chutant de 22% en 2019 à 9% en 2020 et 19% des loups français abattus en 2019, comme le démontre le Conseil national de protection de la nature (CNPN).

Bien que protégé au niveau international depuis 1990, l'espèce canis lupus subit un braconnage intense mais aussi les "tirs de loups" autorisés par l'État. "Si de nouveaux territoires français sont rejoints par des loups en dispersion, l'installation de nouveaux groupes reproducteurs y est quasiment inexistante. La reproduction est uniquement constatée dans les massifs alpins et provençaux. La seule reproduction hors des Alpes s'est située dans les Vosges en 2013 ; depuis, plus rien...", expose FERUS. Visible sur la Liste rouge des espèces menacées du territoire national, le loup n'est pas prêt de s'en sortir si l'Homme poursuit sa traque.

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