Pourquoi la Grande Barrière de corail est-elle en péril ?

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Les coraux morts forment ces bancs blancs visibles, une raison majoritairement ignorée par les touristes qui les immortalisent par des clichés.
Les coraux morts forment ces bancs blancs visibles, une raison majoritairement ignorée par les touristes qui les immortalisent par des clichés.
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© Adobe Stock, whitcomberd

Trésor naturel aux mille couleurs, la Grande Barrière de corail s'estompe d'année en année, au grand dam des organismes et êtres vivants qui l'habitent. Les dégradations de cet écosystème unique inquiètent les défenseurs de l'environnement. Le plus vaste récif corallien du monde est bel et bien considéré comme étant en danger. Explications.

Le long de la côte nord-est de l'Australie, 2 300 kilomètres de vénusté s'étendent et font l'une des grandes fiertés de la planète. En surface, le plus grand récif corallien s'apparente au paradis. Sous l'eau turquoise, les faits sont tout autres. Bien que la Grande Barrière soit inscrite au Patrimoine mondial de l'Unesco en 1981, la vie marine qui la peuple est en grande détresse. Dans son dernier rapport de décembre 2020, l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a déclaré que ce sanctuaire d'une superficie de 344 400 km² (50% de moins, en constante régression) présente "une perspective critique". À l'été 2019, l'Autorité du parc marin de la Grande Barrière de corail partageait son rapport quinquennal : "Les impacts graves des températures records à la surface de l'eau font que l'état de l'habitat du récif est passé de mauvais à très mauvais. Le réchauffement climatique s'aggrave et est la menace la plus grave pour les perspectives à long terme de la région. Une action mondiale d'envergure pour répondre au réchauffement climatique est capitale pour ralentir la dégradation de l'écosystème et la valeur patrimoniale du récif et aider à son rétablissement."

En profondeur, la désolation

Le récif, rapportant six milliards d'euros par an à l'économie australienne, est une des victimes du phénomène El Niño, un nom enfantin pour ce courant coupable de l'augmentation des températures océaniques. Les 300 bancs de corail, les centaines d'espèces d'algues, de requins, de raies mais aussi les tortues, les baleines à bosse et les poissons subissent les modifications de leur milieu de vie. La disparition de cette eau fraîche vitale est la conséquence directe des vagues de blanchissement massif du corail dénombrées en 1998, 2002, 2016 et 2017. Au cours de son enquête au printemps 2020, le Professeur Terry Hughes et son équipe de l'université James Cook ont démontré l'accélération de la décoloration sur l'ensemble de la Grande Barrière ("93% des récifs présentent un blanchissement variable"). "Sous l'effet des eaux qui restent trop chaudes pendant trop longtemps, les coraux expulsent leur zooxanthelles (algues qui leur donnent leur coloris, ndlr) responsables de la photosynthèse et perdent leurs couleurs, exposant leurs squelettes blancs et meurent peu après", expose tristement Consoglobe. Ces milliers de coraux morts forment ces bancs blancs visibles, une raison majoritairement ignorée par les touristes qui les immortalisent par des clichés. La carte postale est faite d'autres zones d'ombres.

L'eau ternie par l'Homme

Cette merveille du patrimoine écologique est aussi soumise à la pollution des eaux causée par plusieurs facteurs : le déversement sauvage, le dragage, le ruissellement des terres agricoles mais aussi le secteur minier soutenu par le pays des kangourous avec le développement notable de ports de charbon. À ce sujet, le directeur de WWF International, Marco Lambertini à l'origine de la campagne "The Great Barrier Reef Under Threat", a déploré : "La Grande Barrière de corail est un des habitats naturels océaniques les plus riches (...) Faire du récif un dépotoir n'a aucun sens, non seulement du point de vue environnemental, mais aussi du point de vue économique puisqu'il s'agit ici de construire des ports inutiles." Épinglé par de nombreuses ONG, l'Australie, un des plus grands émetteurs de gaz à effet de serre, assure lutter contre la détérioration de cet espace précieux avec, entre autres, la mise en place du "Reef 2050 Plan" (Plan pour le récif 2050). Mais le corail, qui nourrit 25% des espèces marines, combat activement un ennemi tenace : l'acanthaster pourpre, une étoile de mer venimeuse qui prolifère grâce à la pollution et s'alimente... de coraux. Sans parler de la pêche, que l'État tente de contrôler ! Un sauvetage peut-il encore être espéré ?

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