Néonicotinoïdes : pourquoi font-ils débat ?

Chargement en cours
Selon plusieurs études scientifiques, les néonicotinoïdes auraient de lourdes conséquences sur la biodiversité et en particulier les abeilles.
Selon plusieurs études scientifiques, les néonicotinoïdes auraient de lourdes conséquences sur la biodiversité et en particulier les abeilles.
1/2
© Adobe Stock, Martin

Depuis quelques années, les néonicotinoïdes suscitent la polémique. Si certains les jugent indispensables, d'autres pointent du doigt les dégâts que ces agents chimiques provoquent sur l'environnement et la biodiversité. Interdit dans de nombreux pays dont la France depuis 2018, l'usage de cet insecticide a cependant été de nouveau temporairement autorisé par une loi votée en novembre 2020. Zoom sur ces produits qui provoquent le débat.

Que sont les néonicotinoïdes ?

C'est dans les années 1990 que les néonicotinoïdes ont fait leur apparition dans le monde agricole. Destinés à tuer les insectes en agissant sur leur système nerveux central, ces produits sont utilisés pour protéger les cultures des espèces nuisibles. S'ils sont encore largement utilisés à travers le monde, il a été démontré par des études scientifiques menées dès la fin des années 1990 que leur faible biodégradabilité mêlée à leur effet toxique persistant et à leur diffusion dans les sols posaient des problèmes sur le long terme. Des années après avoir été diffusés, les néonicotinoïdes finissent par atteindre des espèces vivantes qui n'étaient pas ciblées.

D'abord les insectes, notamment les abeilles, les bourdons et les papillons, puis les prédateurs d'insectes tels que les oiseaux, les rongeurs ou même les chauve-souris. Par ailleurs, les espèces considérées comme agents fertilisants des sols (principalement les vers de terre) sont également affectées. Des conséquences graves qui dérèglent l'écosystème et déséquilibrent la biodiversité. En 2013, la Commission européenne a suspendu trois néonicotinoïdes sur la base de travaux menés par l'AESA, qui a mis en évidence la toxicité de ces insecticides. Mais aujourd'hui encore, les partisans et les détracteurs des néonicotinoïdes s'affrontent.

Pourquoi autoriser les néonicotinoïdes ?

Le mercredi 4 novembre 2020, le projet de loi visant à réintroduire les néonicotinoïdes dans les champs de betteraves français est approuvé par le Sénat. Pour ceux qui sont favorables à l'utilisation de ces insecticides toxiques dans le milieu agricole, les arguments sont nombreux, mais le principal concerne la prolifération d'un puceron vert dans différentes régions françaises, qui transmet la jaunisse aux plantes. Une maladie qui affaiblit la betterave, conduisant à une perte importante de rendement dans les exploitations. Selon les professionnels du secteur, cette baisse estimée "entre 13 et 20%" en 2020 par la rapporteure du texte au Sénat, Sophie Primas, pourrait prochainement toucher 50% des récoltes. Des chiffres qui inquiètent la filière sucrière, qui craint d'être frappée par une forte crise si cette baisse de rendement venait à s'accélérer.

En définitive, c'est avant tout pour des raisons économiques que les néonicotinoïdes sont réintroduits, comme l'a expliqué le ministre Julien Denormandie lors des débats sur le texte devant l'Assemblée nationale : "Nous sommes tous favorables à l'arrêt des néonicotinoïdes, nous sommes tous favorables à la transition agro-écologique... Mais cela ne peut pas être au prix de tuer une filière française pour importer des sucres polonais, allemands ou belges."

Quels sont les risques des néonicotinoïdes pour la biodiversité ?

Selon les betteraviers favorables à l'utilisation des néonicotinoïdes, les abeilles ne seraient pas au contact de la substance puisque la récolte de la betterave à sucre intervient avant la floraison de la plante, empêchant dès lors toute intervention d'insectes pollinisateurs. Mais cet argument est remis en question par de nombreuses études qui démontrent que les néonicotinoïdes contamineraient également les plantes non traitées et les futures récoltes du fait de leur persistance sur la plante et dans les sols. La principale victime collatérale de cet usage reste l'abeille.

Dès 2012, une publication de chercheurs de l'INRA, de l'ACTA et de l'ITSAP a démontré que l'insecticide attirait les butineuses et que même l'ingestion de très faibles doses de néonicotinoïdes avait des effets désastreux. Lorsqu'elles ne sont pas tuées, les abeilles sont désorientées et leurs capacités d'apprentissage et de reproduction sont diminuées. De là à prédire une disparition prochaine de cette espèce, il n'y a qu'un pas, et les réactions en chaîne pourraient être catastrophiques.

Sources :

https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/11/04/la-reintroduction-temporaire-des-neonicotinoides-definitivement-adoptee_6058523_823448.html

https://www.linfodurable.fr/neonicotinoides-le-projet-de-loi-noppose-pas-economie-et-ecologie-denormandie-20580

Vos réactions doivent respecter nos CGU.