Mission hérisson : pourquoi le petit mammifère est-il en danger ?

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Terrassé par les pesticides et régulièrement victime du trafic automobile, l'hérisson est une espèce en danger.
Terrassé par les pesticides et régulièrement victime du trafic automobile, l'hérisson est une espèce en danger.
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© Adobe Stock, marbenzu

L'adorable museau pointu sort généralement de sa cachette en fin de journée ou en début de soirée. Ce tout petit être recouvert de poils piquants se fait naturellement discret mais son inquiétant déclin le pousse à l'être d'autant plus. Terrassé par les pesticides et régulièrement victime du trafic automobile, l'hérisson est une espèce en danger.

Sur les routes de villes comme de campagnes, dans les bois comme les jardins, l'hérisson s'observe lors de ses vadrouilles nocturnes pour chercher de la nourriture. La petite boule de 20 à 30 centimètres ne sait, malheureusement, jamais si elle va pouvoir rentrer chez elle sans être fauchée par l'Homme et ses activités. Ces dernières années, la détentrice d'environ 5000 piquants est le sujet d'études scientifiques alarmantes rendant compte de l'amoindrissement des effectifs (70% d'individus en moins en France) sur l'ensemble du continent et allant jusqu'à prédire la disparition de l'espèce pour 2025. Le hérisson d'Europe ou hérisson commun, Erinaceus europaeus de son nom latin, est pourtant protégé par la loi (article L. 411-1 du code de l'environnement) qui interdit la destruction ou l'enlèvement des nids, la mutilation, la destruction, la capture, le transport, la détention, la vente ou l'achat (sauf spécimen légalement détenu) de l'animal.

L'animal est protégé mais pas moins tué : les causes

La CPEPESC (Commission de protection des eaux, du patrimoine, de l'environnement, du sous-sol et des chiroptères) déplorait déjà en 2010 : "Outre la sélection naturelle auquel l'hérisson doit faire face (20 % des bébés meurent avant d'avoir quitté le nid), les survivants décèdent avant d'atteindre leur première année. Le jeune hérisson qui quitte le nid a désormais une espérance de vie inférieure à 2 ans. Quatre individus sur mille seulement atteignent l'âge de 10 ans !"

Le mammifère est principalement victime du trafic et de l'épandage agrotoxique qui nuit à sa nourriture comme l'explique France Nature Environnement : "Les premiers tueurs de hérissons sont les granulés anti-limaces (métaldéhyde, ndlr) et les produits chimiques utilisés dans les jardins. Le hérisson est empoisonné en mangeant les insectes eux-mêmes contaminés par les poisons. Les voitures sont la deuxième cause de mort. Il se fait écraser soit en cherchant un nouveau territoire, soit en se nourrissant des insectes et des limaces qui recherchent la chaleur du goudron pendant les nuits d'été." La LPO (Ligue de Protection des Oiseaux qui ne s'occupe pas que des êtres volants) précise que "les produits phytosanitaires chimiques sont aujourd'hui interdits d'utilisation chez les particuliers mais pas encore dans les champs" et soulève d'autres causes de décès prématurés comme "la segmentation et artificialisation des sols, les noyades dans les bassins de jardin, les mares aux bords lisses, les tondeuses,...". Une tragédie pour l'écosystème puisque cet acteur insectivore se nourrit des insectes qui, eux-mêmes, dévorent les plantes et les légumes.

Sauver les hérissons : comment s'y mettre ?

À la toute fin juin 2020, la LPO a lancé la "Mission hérisson", une grande enquête où tous les amoureux de la nature peuvent devenir "ambassadeurs hérisson" : "Elle a pour but d'étudier les évolutions de population du Hérisson d'Europe sur plusieurs années, afin de connaître l'état de santé de cette espèce sur le territoire français métropolitain (Corse incluse). Il vous suffit de vous procurer un tunnel à empreintes (ou d'en construire un), de le poser cinq nuits dans votre jardin ou dans la nature et d'identifier les empreintes au petit matin (à relever en les prenant en photo, ndlr). Vous pouvez reproduire ce protocole autant de fois que voulu en respectant six semaines entre chaque session." Un véritable protocole scientifique ! Plusieurs centaines de Français participent déjà à ce comptage de la population de mammifères.

Le site dédié (Missionhérisson.org) donne des indications sur les actions à entreprendre en fonction du type de hérisson auquel le particulier fait face. Ces conseils s'accompagnent d'images pour une plus grande clarté. "Si vous rencontrez des jeunes ou des immatures, il s'agit probablement d'une portée tardive qui ne passera pas l'hiver. Vous pouvez alors intervenir pour qu'ils soient transférés rapidement dans un centre de soins. Pour cela contactez le centre de soin le plus proche de chez vous. Sachez qu'il est interdit de les garder chez soi et de les nourrir qui pourraient leur être fatal", est-il décrit. Dans le cas d'un adulte, la procédure est toute autre : "Prenez le temps de l'observer pour identifier éventuellement des signes de faiblesse avant toute intervention. Un hérisson en bonne santé ne doit absolument pas être transféré dans un centre de soins. Si l'adulte est apathique, reste immobile, ou est couché sur le côté, ramassez-le, disposez le dans un carton, ne lui donnez ni à boire ni à manger et emmenez-le dans le centre de soin le plus proche." Tout être vivant compte et chacun peut protéger la biodiversité avec de petits gestes qui ont une grande importance pour les animaux.

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