Eau : qu'est-ce que l'eutrophisation ?

Chargement en cours
La surabondance de nutriments dans un écosystème aquatique se traduit par l'eutrophisation.
La surabondance de nutriments dans un écosystème aquatique se traduit par l'eutrophisation.
1/2
© Adobe Stock, Mps197

Un environnement aquatique touché par l'eutrophisation navigue vers la mort avec toutes les formes de vie qu'il contient. Ce phénomène symptomatique de la présence excessive de nutriments provoque un vieillissement accéléré des eaux. Le bleu tourne au vert, et n'a rien d'écologique. Zoom sur cette catastrophe devenue un enjeu écologique de taille.

La surabondance de nutriments dans un écosystème aquatique se traduit par l'eutrophisation, une détérioration au cours de laquelle les algues planctoniques et les bactéries aérobies vont proliférer jusqu'à l'asphyxie du milieu naturel. Cette pollution peut le mener à sa mort après l'élimination de tous les organismes vivants. L'eau subit des modifications physiques et chimiques de ses caractéristiques qui se traduisent par la disparition totale ou partielle des animaux et végétaux ainsi que par la réduction de sa teneur en oxygène.

Le phénomène est visible à l'oeil nu car une pellicule verte, une couche de vase, est formée à la surface de l'eau. Cette dernière va empêcher les végétaux d'avoir accès à la lumière et de réaliser la photosynthèse. Ils meurent et viennent se déposer au fond du lac, bientôt rejoints par les espèces en manque de dioxygène, qui ne peuvent pas consommer ou exporter cet excès de biomasse. Ces dépôts participent à la décomposition de l'endroit qui se transformera à travers le temps (des milliers d'années) en marais, tourbière puis prairie. C'est le processus dit de dystrophisation.

L'Homme, grand coupable de cette altération de la nature

Du grec "eutrophos" signifiant "bien nourri", l'eutrophisation se déclare majoritairement dans des régions aquatiques où la circulation d'eau est réduite, donc son renouvellement est difficile. Ainsi, les lacs, les rivières, les zones côtières, les estuaires, les mers closes ou semi-closes sont les espaces les plus touchés. Si cette manifestation peut être naturelle, elle reste généralement liée à l'activité humaine. L'intensification de ces dernières années, à cause du déversement de produits domestiques, industriels et/ou agricoles, en témoigne. On parle alors d'eutrophisation anthropique.

Ces rejets contiennent de fortes concentrations en azote et en phosphore, les deux polluants principaux, mais aussi en carbone. Cette accumulation de nutriments engendre la fertilisation des eaux stagnantes. Ce déséquilibre écologique n'est pas seulement un problème d'ordre environnemental, il est aussi sanitaire et économique. Pour prendre un exemple de conséquences directes sur le tourisme, les algues vertes en Bretagne et à l'Île de Ré, causées par des épandages agricoles, ternissent le paysage et apportent des nuisances olfactives, en plus de nuire à la biodiversité. De même, encore au début des années 2010, le lac d'Annecy était eutrophe et impactait l'image de la ville.

Quels solutions existent pour combattre l'eutrophisation ?

Les zones hypoxiques (en déficit d'oxygène) ou zones déjà mortes ont augmenté avec une vitesse alarmante au cours du XXème siècle. La lutte s'organise dans les départements et communes concernées avec le ramassage des dépôts de masse verte. Pour contrer les contaminations, des innovations sont mises en place comme l'installation de phytoépuration mais prennent du temps. Du côté des agriculteurs, la réduction des engrais est en débat. La purification des déchets domestiques comme industriels et le traitement des eaux usées (dénitrification, déphosphatation) sont aussi questionnés pour être améliorés. Après le traitement d'un milieu dégradé, il est envisageable de l'épurer à l'aide d'un bassin d'assainissement écologique qui mène à une bioréhabilitation de l'écosystème. Malheureusement, la plupart des territoires touchés sont bien loin d'y arriver...

Vos réactions doivent respecter nos CGU.