Animaux : qu'est-ce qu'une espèce nuisible ?

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Tous les trois ans, un arrêté ministériel met à jour la liste des individus de la faune sauvage concernés par cette classification des "nuisibles".
Tous les trois ans, un arrêté ministériel met à jour la liste des individus de la faune sauvage concernés par cette classification des "nuisibles".
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© Adobe Stock, Ji

Sur Terre, chaque être vivant est un maillon du cycle de la vie et s'inscrit harmonieusement dans un écosystème. Pourtant, certaines populations végétales comme animales peuvent être considérées comme des indésirables par l'Homme. Les premières sont surnommées "mauvaises herbes" tandis que les secondes étaient appelées "nuisibles". En 2019, cette connotation estimée négative est changée en une expression d'apparence plus douce : on parle désormais d'espèces "susceptibles d'occasionner des dégâts".

Tous les trois ans, un arrêté ministériel met à jour la liste des individus de la faune sauvage concernés. Comme le notifie l'Article R427-6 du Code de l'environnement, à consulter publiquement sur le site du gouvernement, elle est établie par le Conseil national de la chasse et de la faune sauvage et le ministre chargé de la chasse. Département par département, des périodes et des modalités de destruction sont alors fixées. Le dernier dispositif actualisé, établi en juillet 2019, est valable jusqu'en juin 2022. Les animaux y sont inscrits pour l'un des quatre motifs suivants : "1 : Dans l'intérêt de la santé et de la sécurité publiques. 2 : Pour assurer la protection de la flore et de la faune. 3 : Pour prévenir des dommages importants aux activités agricoles, forestières et aquacoles. 4 : Pour prévenir les dommages importants à d'autres formes de propriété (le quatrième ne s'applique pas aux espèces d'oiseaux)."

Les fameux "nuisibles" selon la réglementation en vigueur

Les espèces dites nuisibles sont réparties en trois groupes. Le premier groupe est composé de "six espèces envahissantes" classées "susceptibles d'occasionner des dégâts sur l'ensemble du territoire métropolitain par arrêté ministériel annuel" : le chien viverrin, le raton laveur, le vison d'Amérique, le ragondin, le rat musqué et la bernache du Canada. Le deuxième groupe est constitué de dix espèces pouvant être estimées comme néfastes en fonction des secteurs géographiques : la belette, la fouine, la martre, le putois, le renard, le corbeau freux, la corneille noire, la pie bavarde, le geai des chênes et l'étourneau sansonnet. Leur sort est scellé "sur proposition du préfet et après avis de la formation spécialisée départementale". Le dernier groupe comprend trois espèces dont l'élimination potentielle est décidée localement par un arrêté préfectoral après la consultation de la Commission départementale de la chasse et de la faune sauvage : le lapin de garenne, le pigeon ramier et le sanglier. Par la suite, le plan national explicite ses "modalités de destruction (piégeage ou à tir)".

Cette classification fait polémique

L'extermination de ces êtres vivants est vivement décriée. Le site Humanité et biodiversité rappelle que "l'apparition des problèmes (attribués aux animaux, ndlr) est souvent la conséquence des actions des humains" comme "les déséquilibres causés par l'artificialisation, les pollutions (eau, sol, lumineuse, ...) ou d'autres actions humaines sur les paysages (arasement des bocages, ...) qui rebattent les cartes sur les effectifs des espèces en présence, en favorisant certaines espèces et en en défavorisant d'autres" ou "l'élimination antérieure d'espèces qui composaient l'écosystème, comme des prédateurs dont la disparition entraîne un sureffectif des espèces qui constituaient leurs proies (par exemple dans le cas de rongeurs, devenant trop nombreux, ils peuvent causer des dégâts aux cultures)".

En juin 2019, plusieurs associations (LPO, ASPAS, France Nature Environnement, OPIE, ...) se sont émues du nouvel arrêté, actuellement en vigueur : "Le maintien de nombreuses espèces sur les listes alors que les dégâts n'ont pas été avérés les trois dernières années n'est pas justifié. Aucun élément ne vient démontrer que les destructions massives des dernières années ont effectivement permis de réduire les dégâts économiques. L'impact négatif de ces destructions de grande ampleur n'est jamais évalué non plus." Le communiqué, qui demande entre autres la mise en place de méthodes alternatives avant toute condamnation des bêtes, choisit de pointer les injustices au cas par cas. Il appuie, par exemple, sur la nécessité des renards (dont près d'un million seraient tués chaque année dans l'Hexagone), rappelle que les putois (6000 abattus par an) sont sur la liste rouge des mammifères menacés en France ou encore que le Geai des chênes est le "premier forestier du pays par le nombre d'arbres plantés (cet oiseau a l'habitude de cacher les graines et d'en oublier un certain nombre)". De quoi se questionner sur ce texte de loi !

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