Bientôt la fin de l'anonymat sur Internet ?

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La lever de l'anonymat sur Internet vise notamment à lutter contre le cyberharcèlement.
La lever de l'anonymat sur Internet vise notamment à lutter contre le cyberharcèlement.
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© iStock, martin-dm

Fake news, dénigrement, insultes, l'anonymat sur Internet favoriserait un déferlement de haine et de désinformation. Pour lutter contre, certains politiques souhaitent lever l'anonymat en ligne. Bonne ou mauvaise idée ? Éléments de réponse.

Pourquoi lever l'anonymat ?

Pour stopper la multiplication des contenus haineux et la propagation de fausses informations (fake news), devenus un vrai fléau sur les réseaux sociaux, certaines personnalités politiques, tel que le Président Emmanuel Macron en tête, souhaitent une loi pour mettre fin à l'anonymat en ligne. Un projet qui a pour but de pacifier les discussions sur Internet en responsabilisant les internautes. Certains considèrent que cette loi serait inefficace pour lutter contre les délits en ligne, qu'elle serait une menace pour les libertés individuelles et les plus vulnérables.

L'anonymat davantage une protection pour les potentielles victimes

Les politiques veulent arrêter le cyberharcèlement, la cyberhaine et protéger tout un chacun de ce sentiment d'impunité que confère l'intimité d'un écran et qui crée parfois un déferlement nauséabond de critiques ou de menaces. Sauf que cet anonymat protège justement les personnes les plus vulnérables. Il "sert de rempart contre le harcèlement en ligne dont elles peuvent être victimes en raison de leurs prises de position sur des sujets clivants tels que l'orientation sexuelle, les opinions politiques ou religieuses etc" prévient l'avocat Gérard Haas sur le site du cabinet HAAS Avocats. Lever ce secret sur l'identité d'une personne, c'est prendre le risque de l'exposer à des discriminations voire pire à cause de son statut social : policiers, professeurs, hauts fonctionnaires, anciens détenus, personnalités...

L'anonymat sur Internet est illusoire

Il ne faut pas confondre pseudo et anonymat. Aujourd'hui, chaque utilisateur (mis à part les hackers ou cybercriminels qui parviennent toujours à brouiller les pistes) est parfaitement identifiable grâce à son adresse IP et à sa navigation sur le web. En cas de besoin, la police, les renseignements sont en mesure de retrouver les internautes malveillants.

Tomber le masque n'empêche pas l'agressivité

Selon de récentes études, ce serait davantage le rapport au numérique que l'anonymat qui procure le sentiment d'impunité. Le vice-président du moteur de recherche français Qwant illustrait sur le site Marianne.net : "Dans un café, je suis inconnu, anonyme, et pourtant je ne tiens pas de discours haineux. À l'inverse, les membres de la Ligue du LOL ne portaient pas de pseudonyme pour la plupart." En effet, les membres de la Ligue du LOL, accusés de harcèlement, étaient parfaitement connus, ne se cachaient pas derrière un pseudo pour se moquer et attaquer leurs victimes en ligne. Par ailleurs, une étude de 2016 de chercheurs de l'Université de Zurich portant sur un site de pétitions en ligne a révélé que les internautes qui écrivaient sous leur véritable identité étaient plus agressifs que ceux qui utilisaient un pseudo.

En plus d'être inefficace pour lutter contre le cyberharcèlement et la cyberhaine, une levée de l'anonymat sur les réseaux sociaux serait en plus une mise en danger des potentielles victimes. Un projet de loi qui semble bien contre-productif.

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