Street art : aux origines de ce mouvement artistique qui égaye les rues

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Loin des galeries et des lieux institutionnels, les artistes transforment les espaces publics en musée à ciel ouvert.  Un rat géant signé de l'artiste Banksy, immortalisé sur un mur de New York le 11 October 2008.
Loin des galeries et des lieux institutionnels, les artistes transforment les espaces publics en musée à ciel ouvert. Un rat géant signé de l'artiste Banksy, immortalisé sur un mur de New York le 11 October 2008.
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© Sipa, Elizabeth Miller

Comme un présage du boom du street art dans les années 1970 et 1980, l'artiste Fernand Léger s'exclame en 1951 : "Le mur nu est une surface morte, un mur coloré devient une surface vivante." Grâce à ce mouvement, l'architecture urbaine, et particulièrement les lieux à l'abandon, est embellie par des créateurs à l'imagination bouillonnante, à l'aide de bombes de peinture ou de collages. Quelle est l'histoire de cet art éphémère désormais mondialisé ?

Loin des galeries et des lieux institutionnels, les artistes transforment les espaces publics en musée à ciel ouvert. Avec une prédilection assumée pour les lieux laissés pour compte, cet art urbain s'affiche sur les murs, les panneaux, les trottoirs, les poteaux, les métros, les tunnels, les squats et autres. Longtemps avant d'être nommé "street art", au sens littéral d'art des rues qui lui est conféré par les temps modernes, le mouvement trouve ses prémices dans une pratique ancestrale. Depuis la nuit des temps, l'Homme dessine sur les surfaces à sa disposition, comme le démontrent les parois des grottes à l'ère préhistorique ou encore les graffitis maya qui ornent le site Tikal au Guatemala. Ce moyen d'expression perdure à travers les siècles jusqu'à remplir les villes de véritables explosions de formes et couleurs au XIXème siècle.

Des rues de New York ...

Bien que le hongrois Brassaï publie un ouvrage de référence intitulé "Graffiti" en 1960, cet art émerge incontestablement des rues new-yorkaises où, au cours des années 1970, de jeunes gens défavorisés s'affrontent en bande et se livrent à une guerre du "toying" (recouvrir le dessin ou le tag d'un rival, d'un amateur) pour marquer leur territoire. L'identité apportée à son oeuvre est primordiale. Les street artistes réfléchissent à leur signature et leur marque de fabrique (fresque, collage, pochoirs, dessin dupliqué et reconnaissable, style d'écriture, ...). Amener l'art au contact direct du public et donner un langage aux surfaces éveillent l'intérêt de nombreux étudiants diplômés des écoles d'art qui rejoignent cette scène underground. En 1973, le New York Times lance un concours du plus beau graffiti du métro qui légitimise cette technique. Au milieu de toute cette effervescence créative naissent deux maîtres en la matière : Jean-Michel Basquiat (1960 - 1988) et Keith Haring (1960 - 1990).

... aux villes du monde entier

Si l'affichage sauvage et militant de Mai 68 a peut-être été influencé par la tendance venue d'outre-Atlantique, le street art apparaît réellement en Europe dans les années 1980 avec la chute du mur de Berlin qui offre un espace cathartique aux Allemands. Barcelone, Dublin, Bristol, Amsterdam puis Paris avec notamment le 13ème arrondissement connu mondialement... les grandes villes s'y mettent avant que des spots toujours aussi célèbres ne fleurissent à São Paulo (Brésil), Valparaiso (Chili), Melbourne (Australie) ou encore Toronto (Canada). Aux États-Unis, Miami en devient la nouvelle capitale. Cette activité illégale, si elle n'est pas une commande d'un exécutif de l'État, devient le moyen d'expression favori des activistes qui, comme lors du Printemps arabe (2010 - 2012), l'utilisent pour véhiculer leurs revendications.

Banksy, Invader, Mr Chat et les autres : ces talents confirmés à suivre

Les as de l'aérosol deviennent mondialement côtés dans le milieu de l'art contemporain à l'image du mystérieux britannique Banksy dont les oeuvres laissées par surprise aux quatre coins du globe sont toujours des événements. Du côté de l'Hexagone, les professionnels ne manquent pas. Ernest Pignon Ernest, Blek le Rat et Jef Aérosol figurent parmi les pionniers accompagnés des expatriés JonOne et Bando. Les mosaïques d'Invader, inspirées par le jeu "Space Invaders", les félins gigantesques de Mr Chat et les collages papiers des clichés photographiques de JR sont visibles à travers toute la France. Le regard des Parisiens se posent régulièrement sur les pochoirs engagés d'EZK, les punchlines féministes de Miss Tic ou encore les peintures de C215. À l'international, la capitale est appréciée par les street artistes qui n'hésitent pas à y laisser leur empreinte comme le portugais Bordalo II qui confectionne ses créations à base de déchets recyclés ou l'américain Shepard Fairey, à l'origine de la célèbre affiche "Hope" de Barack Obama. En constante mutation, l'art urbain a encore beaucoup de choses à dire et ne compte pas se taire.

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