Qu'est-ce que l'appropriation culturelle ?

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L'appropriation culturelle désigne un détournement, une adoption d'images et de symboles provenant d'une culture qui n'est pas sienne.
L'appropriation culturelle désigne un détournement, une adoption d'images et de symboles provenant d'une culture qui n'est pas sienne.
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© iStock, Happycity21

Question complexe et polémique qui divise, l'appropriation culturelle traduirait, pour certains, des enjeux de pouvoir. Pour d'autres, elle n'est qu'une expression qui érige des murs entre les cultures. Que signifie donc ce terme ?

La chanteuse Natasha St-Pier avec une coiffe indienne, la pop star Taylor Swift qui twerke avec ses danseuses dans son clip "Shake It off", le défilé Marc Jacobs avec des mannequins en dreadlocks ou celui de Stella McCartney présentant des pièces de tissus wax, Wes Anderson qui dépeint un Japon fantasmé dans "L'Île aux chiens"... Tous ont été accusés d'appropriation culturelle. Cette terminologie obscure, empreinte d'un parfum de scandale, est récemment entrée dans le vocabulaire commun comme l'explique le sociologue Éric Fassin au journal Le Monde : "L'expression apparaît d'abord en anglais, à la fin du XXe siècle, dans le domaine artistique, pour parler de 'colonialisme culturel'. Au début des années 1990, la critique bell hooks, figure importante du Black feminism, développe par exemple ce concept, qu'elle résume d'une métaphore : 'manger l'Autre'."

Ces mots sentencieux dénoncent un détournement culturel, une adoption d'images et de symboles provenant d'une culture qui n'est pas sienne, généralement considéré comme un acte d'imitation. Le concept heurte certaines communautés, principalement mais pas exclusivement "minoritaires", qui voient en lui un pillage de leurs idées et de leur patrimoine. Pour certains, l'appropriation culturelle raviverait le souvenir d'un passé colonial douloureux. L'emprunt de motifs et objets est, majoritairement, effectué sans revendication de l'inspiration primaire. Or, la "touche d'exotisme" est une représentation identitaire. C'est ici que se trouve le point de départ de la polémique.

Deux secteurs particulièrement touchés par la polémique : la mode...

S'habiller selon une coutume est la matérialisation la plus commune de l'appropriation culturelle. C'est la raison pour laquelle le secteur de la mode est particulièrement sous le feu des critiques, comme l'explique l'anthropologue Anne Grosfilley au Madame Figaro : "C'est le fait qu'un créateur s'inspire des éléments d'une autre culture, pas forcément minoritaire comme on le lit trop souvent, et qu'il l'utilise sans qu'il y ait de retombées économiques pour le pays concerné. Ce qui ne permet donc pas le développement du produit original. Concrètement, c'est concevoir des bijoux copiant les perlages massaïs sans faire appel au savoir-faire des femmes massaï."

Dans le cas du tissu d'Afrique Subsaharienne, le fameux wax, utilisé par Stella McCartney, la grogne est montée par "manque de mise en évidence et de transparence" selon Marie Claire, qui cite la professeure d'études post-coloniales et africaines Anjali Prabhu : "Lorsque les grands créateurs se saisissent d'un vestiaire ou d'un tissu, les pièces sont évacuées de leur histoire et de leur symbolique." Dans la même veine, les tatouages aux motifs tribaux polynésiens, les symboles gitans ou les coiffures afro sont décriés lorsqu'ils sont portés par des personnes d'autres civilisations.

... Et les arts

Dans la pop culture, les chanteuses blanches comme Miley Cyrus ou Taylor Swift qui pratiquent le twerk sont épinglées pour attribution d'une danse originaire d'Afrique noire. Katy Perry, elle, a présenté ses excuses pour être apparue avec des tresses africaines, dégustant une pastèque, dans son clip "How We Do". La palme revient à Madonna. Blâmée aux MTV Awards pour avoir arboré un look de "reine berbère" en voulant rendre hommage à Aretha Franklin, la diva est réprimandée pour sa récupération du voguing, danse urbaine synonyme d'émancipation pour le mouvement LGBT, dans son clip "Vogue" (1990).

Éric Fassin rappelle au Monde que la question d'appropriation taraude également le théâtre et d'autres artistes : "Songeons aux polémiques sur l'incarnation des minorités au théâtre : faut-il être arabe ou noir pour jouer les Noirs et les Arabes, comme l'exigeait déjà Bernard-Marie Koltès, en opposition à Patrice Chéreau ? Un artiste blanc peut-il donner en spectacle les corps noirs victimes de racisme, comme dans l'affaire 'Exhibit B' ?" Il conclut : "L'illusion redouble quand l'artiste, fort de ses bonnes intentions, veut parler pour (en faveur de) au risque de parler pour (à la place de). Ce n'est d'ailleurs pas si difficile à comprendre : que dirait-on si les seules représentations de la société française nous venaient d'Hollywood ?"

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