Pourquoi les sorcières sont-elles imaginées avec un balai et un chapeau pointu ?

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Dans l'imaginaire collectif, les sorcières chevauchent leur balai à la nuit tombée vêtues d'un chapeau pointu et accompagnées par leur chat noir.
Dans l'imaginaire collectif, les sorcières chevauchent leur balai à la nuit tombée vêtues d'un chapeau pointu et accompagnées par leur chat noir.
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© Adobe Stock, Wiktoria Matynia

Dans l'imaginaire collectif du monde occidental, les sorcières chevauchent leur balai à la nuit tombée vêtues d'un chapeau pointu et accompagnées par leur chat noir. Une représentation qui bénéficie de plusieurs explications.

Pour se rendre au sabbat

Le balai attribué aux sorcières serait l'héritage de ceux que possédaient les druides fabriqués avec du genêt, une variété de bois auquel les populations prêtaient des pouvoirs magiques. "La banalité de l'objet permettait aux adeptes de la sorcellerie de dissimuler leurs activités illicites. En secret, les sorcières le transformaient en engin volant grâce à des incantations et des onguents. Mais elles ne l'ont pas toujours utilisé", détaille Ça m'intéresse en octobre 2019. Le site rapporte ensuite les mots que Dominique Camus a posés dans son oeuvre "Pouvoirs sorciers et pratiques magiques du Moyen Âge à aujourd'hui" (éd. Ouest-France) : "Elles se rendaient au sabbat sur des sangliers, des boucs ou d'autres animaux envoyés par le diable, ou dans un tourbillon. Ce n'est qu'au milieu du XVe siècle qu'elles sont représentées sur un balai."

Une substance psychoactive

Une autre raison pourrait expliquer la présence de balais dans la représentation des sorcières : les substances psychoactives. Au Moyen Âge existait une préparation à base d'ergot du seigle (un champignon parasite qui contamine la farine et a pour effet des hallucinations, le LSD en est un dérivé, ndlr), qui se déposait sur un manche à balai puis se plaquait sur les parties génitales. "La substance hallucinogène était alors absorbée via les muqueuses et permettait d'éviter les effets secondaires liés à une prise orale ou à un contact cutané", explique Femmes d'Aujourd'hui. En conséquence, les personnes "sous l'emprise de cette substance pouvaient avoir l'impression de voler et sous cette apparence de folie, elles étaient alors condamnées pour sorcellerie".

La liberté féminine

Matilda Joslyn Gage (1826-1898) fut la première féministe à "exhumer l'histoire des sorcières et à revendiquer elle-même ce titre", précise Wikipédia. Celle qui militait pour le droit de vote des femmes énonce dans "Femme, Église, État" (1893) le fait de remplacer le mot "sorcière" par le mot "femme", afin de gagner "une meilleure compréhension des cruautés infligées par l'Église à cette portion de l'humanité". Trois quarts de siècle plus tard, les courants féministes reprennent le symbole et revendiquent cette identité. En 2018, la journaliste Mona Chollet publie "Sorcières : la puissance invaincue des femmes", dans lequel elle fait un tour d'horizon "critique des différentes perceptions et réappropriations de la figure de la sorcière". D'après ses dires que rapporte Femmes d'Aujourd'hui : "Le balai sur lequel s'envolent les sorcières pourrait aussi symboliser une forme d'autonomie et de libération sexuelle. Ces femmes, considérées comme sorcières, désertent la couche conjugale pour mener leur vie à l'insu de leur mari. L'outil ménager ayant une forme phallique est détourné pour aller et venir dans le ciel à sa guise."

Le chapeau pointu

De Jeanne d'Arc, condamnée pour sorcellerie, à Anna Göldi, la dernière sorcière d'Europe, en passant par les sorcières de Salem, la chasse aux sorcières la plus importante de l'histoire d'Amérique du Nord, les sorcières ont été mises en lumière à de nombreuses reprises, et pourtant aucune d'entre elles ne se distinguent par son chapeau pointu. Alors pourquoi les sorcières sont-elles représentées ainsi ? Il semblerait que cela soit l'héritage des folklores européen et américain, qui les représentent comme des créatures mystérieuses vêtues de longues capes noires et d'un chapeau pointu, volant sur leur balai à la nuit tombée pour se rendre aux "sabbats". Ces banquets étaient organisés en l'honneur du Dieu Cornu de la fertilité et de la nature qui, dès le Moyen Âge, en réaction à l'Église catholique, devient le Diable.

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