Pourquoi les sorcières sont-elles à la mode ?

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Les sorcières fascinent par leur mystère et leur indépendance.
Les sorcières fascinent par leur mystère et leur indépendance.
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© Adobe Stock, grape_vein

Marine Cournede

Longtemps reléguées au rang de vieilles mégères loufoques, les sorcières semblent aujourd'hui s'offrir une nouvelle popularité. Zoom sur cette sororité de féministes dans l'âme.

Lorsque vous entendez le terme "sorcière", vous pensez automatiquement à cette vieille femme greffée d'un nez crochu et d'un chapeau pointu, qui caquette hystériquement en préparant des décoctions fumeuses qui pétaradent dans tous les sens. Presque comique, cette version se rapproche davantage de la sorcière vulgarisée par les films que de la vraie prêtresse de l'occulte, qui troque baguette magique et nez lanceur de sorts pour un savoir ancestral plus ancré dans la réalité.

Vous l'aurez remarqué, l'esthétique de la sorcière a envahi les réseaux sociaux : Tumblr et Instagram se mettent à la sauce mystique et débordent de contenus teintés d'inspirations bohèmes, gothiques et furieusement 90's, de quoi faire poindre les réminiscences d'un univers habité par "Charmed", "La Famille Addams" et "Hocus Pocus" réunis. Mais au delà de l'oeil cerclé de noir, de la chevelure violine et des cascades de bijoux anciens, le retour de cet engouement pour les sorcières dévoile un besoin plus poussé, celui de renouer avec l'émancipation féminine.

La sorcière, icône féministe

Nul besoin d'être un crack en histoire pour avoir connaissance de la sympathie mitigée accordée aux sorcières à travers les siècles. Chasses, pendaisons et immolations par le feu à Salem (USA) en 1692 et partout en Europe jusqu'à la fin du XVIIIe, mais aussi plus récemment, des meurtres de "sorcières" en Roumanie, en Tanzanie et au Népal... autant dire qu'elles n'ont pas eu la vie facile. Pourquoi ? Certaines féministes s'accordent à dire qu'au-delà de la diabolisation de la magie noire, cette traque était avant tout à l'encontre des femmes, et pas n'importe lesquelles, non : les insurgées qui valorisaient leur indépendance au travers de rites de guérisons et de savoirs alternatifs. Les femmes libres, en somme.

La bien-aimée

Le feuilleton des années 1960 qui narrait l'histoire de Samantha et son nez magique aurait-il vu juste ? Longtemps malmenée au cours de l'histoire, la sorcière regagne la sympathie du public. Rebelle, indépendante et dotée d'une sensualité vénéneuse, elle se démocratise et désormais, se revendique. En 2019, les néo-sorcières cherchent à se réapproprier cet héritage féminin libéré de l'ombre patriarcale. Et n'allez pas y voir là la naissance d'une communauté satanique. Au contraire, cette nouvelle génération affectionne surtout le pouvoir des plantes et des cristaux, tout en s'adonnant à des activités divinatoires comme le tarot ou les runes.

Ce qui les réunit ? Une volonté d'indépendance illustrée par le "self care", cette notion de prendre soin de soi par ses propres moyens, mais aussi paradoxalement un sentiment d'appartenance, assouvi par leur esprit de communauté. Lorsque l'on est une sorcière, on peut se la jouer solo, plongée dans ses grimoires et ses rituels, mais on peut aussi compter sur les siens, ou plutôt les siennes, en appliquant le concept pas méconnu de solidarité féminine.

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