Pourquoi les Français sont-ils si pessimistes ?

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La France est considérée comme l'un des pays les plus pessimistes au monde.
La France est considérée comme l'un des pays les plus pessimistes au monde.
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© Adobe Stock, contrastwerkstatt

C'est un fait célèbre, le Français fait la moue. C'est presque comme s'il aimait ça. Pire, il cultive son pessimisme d'année en année comme le laissent entrevoir les sondages. Mais pourquoi ? Éléments de réponse.

Championne quand il s'agit de broyer du noir, l'Hexagone s'est fait une réputation de pays bilieux, quitte à faire tâche lorsqu'elle est mise en perspective de ses rayonnants voisins nordiques. L'ONU publie chaque année son classement des pays les plus heureux, le "World Happiness Report". Et si la France peut se targuer d'être 23e sur 153 pays référencés dans l'étude de 2020, elle reste derrière nombreux territoires européens dont la Finlande, médaillée d'or. Du côté de l'indexation des villes où l'on respire la joie, seule Paris trouve place parmi les 186 villes répertoriées. Ironie du sort, les habitants de la capitale sont aussi considérés comme les plus stressés. L'unique représentante française, donc, se range à la 43e position derrière Panama City et Guatemela City mais devant Prague, Bogota, Madrid, Sao Paulo et Bangkok.

Inquiets face à l'avenir ?

Martin Seligman, fondateur de la psychologie positive, s'est exprimé au sujet de ce qui se fait appeler le "pessimisme français" à la demande de Psychologies Magazine. "La France est le pays le plus pessimiste de tous les pays riches. Toutes les études le montrent. (...) Un des exemples marquant est le résultat d'une enquête portant sur l'avenir des enfants. 80% des Français pensent que leurs enfants vivront matériellement moins bien qu'eux. C'est le pire chiffre de tous les pays européens", expliquait-il en février 2019.

Un constat soutenu par l'économiste Flavien Neuvy, directeur de l'Observatoire de Cetelem, à la suite de la publication de leur dernière enquête de consommation en janvier 2020 : "Depuis quatre ans, ça ne change pas, les Français restent les plus pessimistes d'Europe." Derrière ce bilan se cachent de nombreuses angoisses comme le chômage, les diverses inégalités, la pollution, l'insécurité ou l'immigration. Le mouvement des Gilets jaunes, qui soulève des questions d'impôts et de taxes, ou le coronavirus, qui pose des interrogations dans le domaine sanitaire, impactent le moral français. Le 1er janvier dernier, RTL révélait les chiffres de son enquête menée avec Harris Interactive, après avoir sondé 1 028 citoyens : "À la question : 'D'une manière générale, lorsque vous pensez à la France en 2030, diriez-vous que vous êtes... ?', ils sont 61% à être pessimistes. (...) 71% des Français estiment que de nombreux emplois auront été remplacés par des robots d'ici 2030."

Inné à notre culture révolutionnaire ?

Et si l'anxiété et la nostalgie étaient une spécificité française ? Au regard de la société actuelle, certains n'hésitent pas à scander de manière incessante des phrases du type : "C'était mieux avant !". En ce sens, le magazine Challenges déclare : "Ce que les sondages ne racontent pas, plutôt relayé par des sociologues étrangers, c'est que le pessimisme français se nourrit surtout d'un puissant sentiment de nostalgie d'une époque fantasmée glorieuse et prospère. Une nostalgie qui s'exprime au niveau national : ce passé révolu où la France rayonnait, de Napoléon, de Louis XIV, de De Gaulle, selon les profils." Avec des preuves à l'appui : "Seuls 12% des Français pensent que la génération suivante aura une vie 'meilleure que la leur'. Et ils sont assez unanimes ! La catégorie socioprofessionnelle ne change rien à l'affaire." Le tour d'horizon semble catégorique. Dans l'esprit gaulois, le bon vieux temps est désormais révolu.

Pourtant, l'espoir demeure. Le site de La ligue des optimistes a interrogé le directeur de l'institut de sondages BVA sur cette apparente insatisfaction. Edouard Lecerf estime qu'il "faut relativiser" : "La France, en général, sur ce type d'indicateurs-là - les enquêtes internationales qui mesurent l'optimisme, le bonheur, la manière de se projeter dans l'avenir - est toujours, et il y a là un biais voire une spécificité culturelle française voire européenne, plus du côté du verre à moitié vide qu'à moitié plein (...) Le côté latin joue certainement dans les perceptions." Alors, qu'attendons-nous pour être heureux ?

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