Devoir de mémoire : comment l'entretenir ?

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Cimetière militaire de la Première Guerre mondiale, à Verdun.
Cimetière militaire de la Première Guerre mondiale, à Verdun.
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© iStock, stockcam

Fabien Gallet

Lundi 11 novembre 2019 marque les 101 ans de la signature de l'Armistice mettant fin à la Première Guerre mondiale. Pour ne pas oublier l'horreur d'un tel événement, le devoir de mémoire est indispensable. Encore faut-il savoir comment s'y prendre pour qu'il perdure...

Devoir de mémoire : qu'est-ce que c'est ?

Née au début des années 1970, l'expression "devoir de mémoire" arrive dans les années 1980 pour évoquer la Shoah puis se popularise la décennie suivante, s'appliquant à d'autres drames (traite négrière, Première Guerre mondiale, génocide arménien...). Utilisée par l'État (en 1995, Jacques Chirac reconnaît la responsabilité française dans la déportation des Juifs), les associations et responsables religieux, elle désigne l'obligation morale de rappeler les tragédies passées pour éviter leur reproduction, se souvenir des victimes, et lutter contre le négationnisme et le révisionnisme - objectif des lois mémorielles.

Une formule qui divise, ce qu'expliquait Denis Peschanski, directeur de recherche au CNRS, sur France Inter en 2017 : "Les historiens, en général, préfèrent parler de travail de mémoire ou de travail d'histoire parce qu'il y a derrière (le mot devoir) une forme d'obligation morale."

Piquer la curiosité plutôt qu'imposer

Pour entretenir la mémoire et faire en sorte que les jeunes générations ne fassent pas l'impasse sur les drames qui ont contribué et qui contribuent encore à la souffrance de certains, le devoir de mémoire ne doit pas être une contrainte. Plutôt que de l'imposer comme un impératif moral, l'idéal est de donner au public, quel que soit son âge, l'envie de s'y intéresser en éveillant sa curiosité. C'est ce que tentent de faire certains musées via des événements spéciaux mais aussi des cinéastes, des historiens ou encore des victimes...

Une transmission dès le plus jeune âge

"L'institution scolaire participe à la politique de mémoire", indique le ministère de l'Éducation sur le portail Eduscol dédié aux professionnels. Avec les enseignements certes, mais aussi grâce aux actions mises en place : voyages scolaires, intervention de "passeurs de mémoire" dans les classes, comme les survivants des camps de la mort... "Ce qui est important c'est de montrer aux élèves des témoignages, qu'ils voient des choses concrètes sur le sujet, comme par exemple les visites à Auschwitz, ou au camp des Milles, ou des rencontres avec les déportés qui sont encore en vie", assurait le ministre Jean-Michel Blanquer sur Europe 1 en mai 2019, réagissant au sondage Ifop qui révélait que 20% des Français âgés de 18 à 34 ans déclaraient n'avoir jamais entendu parler de la Shoah.

Internet : un outil de mémoire à part entière

S'il peut être le théâtre de débats négationnistes et révisionnistes, le Web permet d'avoir accès à des informations de qualité. Vidéos et photos sont en effet disponibles par milliers : de quoi s'informer sur tel ou tel drame de l'Histoire, généralement gratuitement. Qu'il s'agisse de sites encyclopédiques ou institutionnels comme Mémoire des Hommes, mis en ligne par le ministère de la Défense et consacré aux Poilus de la Première Guerre mondiale, ou d'applications mobiles, de nombreux outils sont à la disposition des curieux.

Entre commémorations et lieux de mémoire

La France dispose d'un patrimoine mémoriel conséquent avec 36 000 monuments aux morts disséminés sur le territoire. De même, les "lieux de mémoires", pour reprendre l'expression de Pierre Nora, sont nombreux. Les visiter peut être bénéfique (on parle de tourisme de mémoire), tout comme le fait de participer ou suivre à la télévision les cérémonies commémoratives, françaises et européennes, à l'image de celles organisées le 11 novembre pour l'armistice de 1918 ou le 27 janvier (Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l'Holocauste). "Elles sont nécessaires pour se reconstruire", assurait en outre Denis Peschanski sur France Inter en 2017.

Enfin, il ne faut pas négliger le rôle des associations bénévoles ou non (historiques, d'Anciens Combattants...), et des collectivités territoriales, qui oeuvrent pour faire perdurer la mémoire.

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