Les réseaux sociaux : nouveaux outils démocratiques ?

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Les réseaux sociaux sont-ils un atout pour la démocratie ?
Les réseaux sociaux sont-ils un atout pour la démocratie ?
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© Adobe Stock, chagin

Solène Filly

C'est grâce aux réseaux sociaux que le mouvement des Gilets jaunes a pu s'organiser aussi rapidement. Mais ces nouveaux moyens de communiquer sont-ils plutôt un atout ou un danger pour la démocratie ?

À la fin du mois de mai 2018, une pétition pour la baisse des prix du carburant fait son apparition en ligne. Créée par Priscillia Ludosky, elle affiche en novembre un million de signatures et marque le début d'un mouvement de contestation. Le 10 octobre, c'est Éric Drouet, un chauffeur routier, qui lance un événement sur Facebook appelant à une protestation, avant que Jacline Mouraud poste elle aussi sur le réseau social de Mark Zuckerberg une vidéo de 4 minutes évoquant la "chasse" aux automobilistes menée par le gouvernement d'Emmanuel Macron. Vue plusieurs millions de fois, elle sera vite suivie d'autres coups de gueule d'utilisateurs avant que Facebook Live, comme l'indique Le Monde, ne devienne un nouveau "lieu de débat".

Le mouvement des Gilets jaunes prend alors forme loin des syndicats et partis politiques, et appelle les citoyens à agir ensemble le 17 novembre 2018 en bloquant les routes. Sept semaines plus tard, les Gilets jaunes continuent de manifester un peu partout en France et ont réussi à faire reculer le gouvernement qui a annulé, entre autres, les taxes sur l'essence.

Un outil à double tranchant

Si les réseaux sociaux ont donc permis aux citoyens de s'organiser pour faire entendre leur voix - ils auraient joué un rôle majeur lors du Printemps arabe en Tunisie en devenant un moyen de communication pour les opposants au régime de l'ancien président Ben Ali comme l'a révélé une étude de l'université de Washington de 2011 -, leurs algorithmes de personnalisation visent à satisfaire les utilisateurs. Ils ont donc tendance à les exposer uniquement à des sujets auxquels ils adhèrent déjà, "renforçant les préjugés et les convictions", selon Alexandre Lacroix, directeur de la rédaction de Philosophie Magazine, interrogé sur le plateau de Soir 3.

Mais ils servent aussi à la diffusion de fake news ("infox", en français). Et cela peut avoir un effet néfaste sur les démocraties "qui fonctionne(nt) bien", comme l'avait avoué en janvier dernier Samidh Chakrabarti, responsable de l'engagement civique chez Facebook, alors que le réseau social reconnaissait avoir sous-estimé son rôle dans la propagation de "fausses informations". Même constat chez Twitter. Après les élections américaines de 2016, et face à une possible ingérence de la Russie, il avait tenté de se débarrasser des comptes qui diffusaient ces infox. Mais selon la Knight Foundation, deux ans plus tard, 80% de ces utilisateurs étaient toujours actifs et postaient plus d'un million de messages chaque jours. Jack Dorsey, le fondateur du réseau social à l'oiseau bleu, a d'ailleurs reconnu lors d'un entretien à CNN la difficulté de contrer ce problème récurrent.

Des conséquences parfois dramatiques

Facebook serait également en partie responsable de la crise des Rohingyas en Birmanie. Une enquête de Reuters reprise par Le Monde a dévoilé que le réseau social n'a pas réagi à temps, laissant des milliers de messages appelant à la haine contre les Rohingyas être partagés par ses utilisateurs. Pour Marzuki Darusman, président de la mission internationale mandatée par l'ONU, le constat est sans appel : Facebook a "substantiellement contribué au niveau d'animosité, aux dissensions et au conflit" en Birmanie.

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