Tracker en respectant les libertés fondamentales, est-ce possible ?

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Comme dans la série "Person of Interest" de Jonathan Nolan, certains États ont mis en place des systèmes de surveillance à la pointe de la technologie.
Comme dans la série "Person of Interest" de Jonathan Nolan, certains États ont mis en place des systèmes de surveillance à la pointe de la technologie.
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© DR, CBS

Avec la pandémie due au coronavirus, le traçage, ou tracking, est plus que jamais d'actualité. Vendu comme une stratégie numérique pour le bien de tous, ou pour le mal de chacun en fonction de son avis, cette filature à distance pose des questions d'éthique.

L'Homme peut-il encore être libre quand il est suivi à la trace ? L'arrivée de "Stop Covid-19" a provoqué de vives émois au sein de l'opinion publique. Le secrétaire d'État et chargé du numérique, Cédric O, expliquait au Monde : "L'idée serait de prévenir les personnes qui ont été en contact avec un malade (...). Lorsque deux personnes se croisent pendant une certaine durée à une distance rapprochée, le téléphone portable de l'un enregistre les références de l'autre dans son historique." Bien que basée sur le volontariat et la bienveillance, l'application engendre beaucoup d'hésitations quant à son utilisation. L'instauration du traçage, déjà acté dans plusieurs pays d'Asie, inquiète. Si cette technologie a pour but d'assurer la sécurité collective, que deviennent les libertés individuelles ?

"Big Brother is watching you" : les propos d'Orwell sont-ils d'actualité ?

Ces dernières années, de nombreuses voix se sont élevées pour obliger une visibilité sur l'utilisation des données personnelles de chacun. Sur la Toile, Google et ses puissants confrères des GAFA (Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) avaient pris l'habitude de collecter nos empreintes numériques, adresses comme historiques. Des faits quelque peu freinés par de virulentes polémiques. Dans la réalité, d'autres moyens comme les caméras, les téléphones ou les objets connectés, type bracelet électronique, peuvent servir à la surveillance quotidienne des citoyens.

Ainsi, les autorités chinoises en font le coeur de leur système de sécurité comme le relate RTL : "Les mouvements et les comportements sont analysés et recoupés aux autres données accumulées par le pouvoir pour avertir rapidement les autorités en cas de signaux jugés suspects. (...) À Shangaï et Shenzhen, les visages des piétons traversant au rouge sont projetés sur des écrans géants aux coins des carrefours jusqu'à ce qu'ils s'acquittent d'une amende." Ces méthodes peuvent possiblement influencer les comportements des personnes observées, pousser à orienter ces actions (rencontres, déplacements et caetera). Ces vidéos, ces données collectées, où sont-elles stockées ? Seront-elles jamais effacées ? Autant de questions sans réponses qui favorisent la vigilance à l'encontre d'une stratégie protectrice qui peut dériver vers l'intrusion, volontaire ou non, et permettre d'exercer un potentiel pouvoir de domination sur les individus. De la sorte, les libertés ne peuvent que paraître plus restreintes.

Les lois modifiées pour protéger les libertés si un contrôle de masse était mis en place ?

Aux dernières nouvelles, la France n'envisage pas de déployer des mesures de traçage à un stade aussi important. Pour parer les éventualités d'une pérennisation, la CNIL (Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés) n'a pas hésité à donner son avis. Elle demande "de privilégier le traitement de données anonymisées" et ajoute que si "la France souhaitait prévoir des modalités de suivi non anonymes plus poussées, le cas échéant sans le consentement préalable de l'ensemble des personnes concernées, une intervention législative s'imposerait. Il faudrait alors s'assurer que ces mesures législatives dérogatoires soient dûment justifiées et proportionnées (par exemple en termes de durée et de portée)". Une généralisation imposerait une refonte du système judiciaire dont les lois concernant la partie "Informatique et Liberté" sont en constante mutation.

Qu'on soit pour le partage d'informations, tant que celles-ci sont en faveur de la sécurité et de la justice et non au service du pouvoir politique, ou contre, l'important est encore d'avoir un regard critique sur cette opération qui a, c'est certain, un oeil sur nous.

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