Peut-on être gentille et réussir sa carrière ?

Chargement en cours
Gentillesse au travail ne rime pas forcément avec faiblesse.
Gentillesse au travail ne rime pas forcément avec faiblesse.
1/2
© Adobe Stock, ivanko80

Émilie Nougué

Quelles sont vos principales qualités ? À cette question souvent posée lors des entretiens d'embauche, les recruteurs attendent surtout des réponses comme le dynamisme, l'autonomie, la rigueur ou la force de proposition. Et la gentillesse dans tout ça ? Est-elle une faiblesse ou une force dans la vie professionnelle ? Si la plupart des études scientifiques penchent pour la première proposition, il n'est pas question de se forcer à devenir désagréable pour autant.

Des écarts de salaire

Au cours de votre carrière, vous avez certainement remarqué qu'il ne suffisait pas d'avoir du talent pour grimper les échelons et qu'être un salarié agréable n'était pas un gage de promotion. Dans le monde du travail, contrairement aux films hollywoodiens, ce ne sont pas toujours les gentils qui l'emportent. Au contraire, une étude américaine publiée en 2012 dans le Journal of personality and social psychology a montré que les hommes désagréables gagnaient en moyenne 18,31% de plus que leurs collègues plus sympathiques. Cette différence de salaire en fonction de la gentillesse est moins marquée chez les femmes, dont on attend plus souvent un comportement aimable, mais existe tout de même. Les employées désagréables gagneraient ainsi 5,47% de plus que leurs autres collègues féminines, ont noté les chercheurs.

Pourquoi cette différence ?

"On octroie naturellement un statut plus élevé, un salaire plus important et des opportunités de promotion plus nombreuses à un dirigeant coléreux qu'à un manager doux", commente Laurent Auzoult, maître de conférences en psychologie sociale à l'université de Franche-Comté dans l'ouvrage "Le pouvoir donne-t-il la grosse tête ?" (Dunod). Une des explications est liée au caractère des personnes "méchantes" qui, lors d'une revalorisation salariale, ont moins tendance à lâcher le morceau que les gentils (qui préfèrent pour leur part éviter de négocier ou d'entrer dans un conflit). De plus, les personnes gentilles seraient moins efficaces lors de négociations commerciales. Elles paraîtraient aussi, en période de crise, moins rassurantes auprès de leurs employés qu'un manager plus autoritaire.

Ne pas confondre gentillesse et faiblesse

Faut-il alors laisser de côté sa gentillesse dès la porte de son entreprise franchie ? Pour le philosophe Emmanuel Jaffeli, auteur de l'essai "Éloge de la gentillesse en entreprise" (éditions First), il est tout à faire possible de faire carrière en état aimable et serviable. "Être gentil ne signifie pas être faible, au contraire. Un vrai gentil est quelqu'un de noble, qui ose rendre service sans se faire marcher sur les pieds", explique-t-il. Et de poursuivre : "À partir du moment où on prend conscience que l'empathie est une force, on peut tout à fait faire carrière en étant gentil." L'astuce consiste à ne pas répéter cette gentillesse avec "ceux qui la gâchent", afin de ne pas correspondre à la fameuse expression "trop bon, trop con". Et si les personnes méchantes gravissent tout de même les échelons plus rapidement, elles seraient moins heureuses que les autres. Et le bonheur c'est important, non ?

Vos réactions doivent respecter nos CGU.