Mom-shaming ou la culpabilisation des mères

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Devenir mère signifie bien souvent s'exposer au jugement des autres.
Devenir mère signifie bien souvent s'exposer au jugement des autres.
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© Adobe Stock, georgerudy

Émilie Nougué

Si cet anglicisme a récemment débarqué en France, il désigne en fait un phénomène vieux comme le monde. Toutes les mères, ou presque, on déjà été confrontées au mom-shaming. Et parfois même avant d'avoir donné naissance à leur enfant.

Qu'est-ce que le mom-shaming ?

"Tu allaites encore ton enfant ?" ; "Pourquoi lui donnes-tu le biberon alors que tu pourrais allaiter ?" ; "Tu ferais mieux de couvrir un peu plus ton bébé." ; "Tu devrais être moins autoritaire / plus stricte / arrêter de le porter / lui enlever la sucette / ne pas accepter ses caprices"... Si être mère (et plus généralement être parent) est déjà difficile, cela signifie également se soumettre à l'oeil critique d'une flopée de personnes allant des amis aux anonymes sur internet, en passant par la famille et les inconnus croisés au supermarché.

Ce phénomène a un nom, le mom-shaming, soit le fait de critiquer une mère sur ses agissements, notamment sur sa façon d'élever et d'éduquer ses enfants. Des jugements répétés qui vont des remarques anodines faites parfois inconsciemment aux reproches plus violents, et qui peuvent avoir des répercussions plus ou moins importantes sur la santé psychologique des mamans. Ainsi, une étude réalisée en 2017 par l'université du Michigan a révélé que 61% des femmes interrogées avaient été critiquées au cours des 5 premières années de vie de leur enfant. Pour 42% d'entre elles, cela avait engendré une insécurité ou une forte anxiété maternelle.

Pourquoi les mères sont-elles constamment jugées ?

Si les pères sont également sujets à ces jugements, c'est le plus souvent la mère qui est victime de ce phénomène. Car aujourd'hui encore, c'est à la femme que l'on attribue la responsabilité d'un enfant. "En fait, la position des jeunes mères a ceci de magique qu'on les considère comme les seules personnes à même de s'occuper d'un jeune enfant tout en leur jetant en permanence leur prétendue incompétence à la figure", témoignait Emma, blogueuse et auteure, auprès de L'Obs en février 2019. La pression exercée sur ces mères les rend exigeantes envers elles-mêmes mais aussi envers les autres mamans, celles qui paraissent moins à la hauteur ou parviennent à prendre du temps pour elles. Car oui, même les victimes de mom-shaming ont tendance à incriminer le comportement d'une autre mère avant celui du père. Des jugements que connaissent également les femmes enceintes.

Comment réagir face au mom-shaming ?

Tout d'abord, en arrêtant de se mettre la pression. Si les normes de puériculture changent régulièrement, c'est parce que personne n'a encore trouvé la méthode parfaite pour éduquer un enfant. Tant que ce dernier est aimé et ne manque de rien, vous pouvez reprendre confiance en vous et estimer que vous vous en sortez bien. De l'autre côté, il faut cesser de juger les mères qui empruntent des chemins différents des vôtres. Celle-ci n'allaite pas ? Qu'elle ne puisse pas le faire ou n'en ait tout simplement pas envie, cela ne vous regarde tout simplement pas. Celle-là souhaite mener une brillante carrière ? Cela ne signifie pas, au contraire, que ses enfants manqueront de quoi que ce soit et se porteront moins bien que d'autres.

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