Mesurer son QI : est-ce vraiment utile ?

Chargement en cours
Pour un résultat fiable, il faut toujours passer un test de QI avec un professionnel.
Pour un résultat fiable, il faut toujours passer un test de QI avec un professionnel.
1/2
© Adobe Stock, wutzkoh

Marine de Guilhermier

Parfois conseillés par les enseignants à la suite d'observations dans le cadre scolaire, ou simplement faits par curiosité, les tests d'intelligence ne sont fiables que s'ils sont réalisés par des professionnels et, surtout, ne sont utiles que dans des cas précis.

C'est en 1905 que la première échelle mesurant l'intelligence à été mise au point par le pédagogue et psychologue Alfred Binet et le psychiatre Théodore Simon. "Il s'agissait alors d'évaluer l'âge mental des enfants. Binet s'intéressait à la différence entre les individus, à la singularité des esprits. S'il a développé l'échelle métrique de l'intelligence, ce n'était pas pour repérer les petits génies, bien au contraire. L'objectif était de créer des classes destinées aux enfants 'anormaux'", explique au Point Alexandre Klein, historien des sciences à l'université Laval, au Québec.

Attention aux impostures

Aujourd'hui, ce n'est plus le test de Binet-Simon qui est le plus utilisé pour mesurer le QI dans le monde mais celui de Wechsler, qui se décline en plusieurs catégories selon l'âge : WPPSI, pour les plus jeunes, WISC, pour les enfants de 6 à 16 ans, et WAIS, pour les adultes de 16 à 79 ans. Ces tests officiels qui se composent d'une dizaine d'épreuves ne peuvent être réalisés que par des professionnels qualifiés, comme des psychologues, moyennant généralement entre 150 et 600 euros selon le praticien. En revanche, "les tests proposés sur Internet ne mesurent absolument pas l'intelligence et sont des impostures", indique le psychologue de l'Éducation nationale Robert Voyazopoulos à L'Express, précisant que s'ils "peuvent être ludiques", "il ne faut surtout pas s'y fier".

Que mesurent vraiment ces tests ?

Si un test fait chez un professionnel donne un résultat fiable, celui-ci a besoin d'être, non seulement expliqué au patient par le médecin, mais aussi relativisé car il ne mesure qu'une certaine forme d'intelligence. "L'intelligence est un concept flou et fourre-tout", assure ainsi Robert Voyazopoulos. Et de poursuivre : "Un chiffre seul ne veut rien dire. Il y a des individus qui ont une intelligence originale, qui sont inventifs, créatifs, qui ont une pensée divergente. Ces derniers ont des formes d'intelligence que le QI classique n'exprime pas." D'autres formes d'intelligence ne sont pas prises en compte par les tests de QI, comme celle sociale ou émotionnelle. En revanche, "si l'on cherche à mesurer une sorte de puissance mentale générique, le QI est excellent", affirme Nicolas Gauvrit, un mathématicien et psychologue, chercheur au laboratoire Cognitions humaine et artificielle de l'École pratique des hautes études, au Point. Et de préciser : "Pour le QI, les mots-clés sont rapidité, mémoire, connaissances, capacité de raisonnement."

Alors, pour qui sont-ils utiles ?

Pour la majorité des gens, il n'est donc pas forcément nécessaire de passer ce genre de tests. D'ailleurs, au Point, le docteur en psychologie et professeur à l'université de Louvain Jacques Grégoire raconte : "Parfois, on nous contacte pour avoir une mesure de QI, je dois bien avouer que nous refusons toujours si c'est la seule demande. (...) Si vous dites à quelqu'un : 'Vous avez 103 de QI !', ça veut dire quoi ? Il fait quoi avec ça ? On doit se poser la question des conséquences de l'annonce des résultats sur le sujet." Et d'ajouter : "En revanche, oui, on recevra quelqu'un qui pense qu'un haut potentiel de QI pourrait expliquer certaines difficultés rencontrées au cours de sa vie." Et en effet, que ce soit pour les adultes ou les enfants, les tests de QI ne sont utiles que dans ces cas particuliers car ils peuvent ensuite permettre d'améliorer les conditions de vie des personnes concernées.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.