Influenceurs : une menace pour l'environnement ?

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En quête de la photo parfaite, de nombreux influenceurs détruisent la nature.
En quête de la photo parfaite, de nombreux influenceurs détruisent la nature.
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© Adobe Stock, Aleksey Zakharov

Marine Cournede

Avec la course aux likes qui fait trembler les réseaux sociaux, de nombreux sites naturels sont pris d'assaut par les instagrammeurs qui n'hésitent pas, pour certains, à détériorer les lieux dans le simple but d'avoir une jolie photo. Zoom sur ce phénomène nuisible pour la nature.

Un chalet recouvert d'un manteau neigeux en hiver, un parterre de feuilles mortes aux couleurs incandescentes en automne, un champ de fleurs multicolores au printemps, une crique sauvage où se mêlent sable blanc et eau translucide l'été... Voilà le genre de clichés auxquels vous ne pouvez décemment échapper sur Instagram. Chaque saison amène son lot de paysages à fort potentiel instagrammable, à savoir une esthétique suffisamment captivante pour engendrer des likes.

Un phénomène qui semble jusqu'ici innocent, certes, mais qui rencontre des conséquences désastreuses lorsqu'une photo populaire devient virale. En quelques clics, un lieu savamment préservé peut se retrouver assailli par des milliers de visiteurs par jour. Résultat ? Des dispositifs abîmés, une nature dégradée, une marée de détritus inhabituelle et parfois, la tranquillité des riverains menacée.

Un phénomène mondial

Avec son temps clément et ses floraisons tous azimuts, le Printemps est une période propice aux contenus instagrammables. En Californie, l'afflux massif de plus de 10 000 visiteurs journaliers a eu raison du parc naturel de Lake Elsinore et de son immense champ de coquelicots. En quête de la photo parfaite, de nombreux instagrammeurs piétinaient quotidiennement la végétation, la mettant ainsi en péril. En mars 2019, alors que les coquelicots étaient en pleine floraison, le site a dû fermer ses portes au public le temps d'un week-end, après avoir constaté des parterres de fleurs ravagés. Toujours en Californie, les influenceurs se sont lancés dans l'entreprise d'escalader les arbres fragiles du parc national de Joshua Tree. Or, selon les experts, monter sur un Joshua Tree aurait un impact négatif sur le développement de l'arbre pendant 300 ans.

"Des détritus en tout genre jonchaient partout le sol"

Ces dégâts sur la nature se constatent aussi de l'autre côté de l'Atlantique, en France, où dès lors qu'un lieu présente une quelconque photogénie compatible avec Instagram, il se retrouve partagé des milliers de fois sur les réseaux sociaux avant d'être envahi par des influenceurs en quête de likes. C'est le cas notamment des sources de l'Huveaune, situées au pied du massif de la Sainte-Baume à Nans-les-Pins dans le Var. À la suite d'une soudaine notoriété causée par le partage de photos sur les réseaux sociaux en mars dernier, le petit village de 4 500 habitants a vu débarquer près d'un millier de visiteurs chaque week-end, contre une quarantaine avant. "Des barrières ont été cassées, des détritus en tout genre jonchaient partout le sol (...) Nous ne pouvons pas accueillir autant de monde à la fois", a expliqué à 20 minutes Pierrette Lopez, la maire de Nans-les-Pins, qui s'est vue contrainte de prendre un arrêté municipal pour interdire le stationnement à l'entrée du sentier.

La capitale aussi subit le revers d'Instagram. Dans le XIIe arrondissement de Paris, la rue Crémieux a payé le prix fort pour ses maisons colorées, son sol pavé et sa végétation luxuriante. Chaque jour, de nombreux influenceurs débarquent pour se photographier au milieu de la rue, devant une fenêtre ou sur les marches, bouleversant ainsi la quiétude des habitants. Agacés, ces derniers ont fini par demander la fermeture de la rue le week-end.

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