Hikikomori : quand les jeunes ne sortent plus de chez eux

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Les hikikomori sont parfois en décalage total et vivent la nuit plutôt que le jour.
Les hikikomori sont parfois en décalage total et vivent la nuit plutôt que le jour.
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© Adobe Stock, junpinzon

Dans le monde entier, il existe des adolescents et jeunes adultes qui ont un jour décidé de ne plus sortir de leur chambre. Et ce pendant des mois, voire souvent des années. On les appelle les hikikomori.

Un phénomène venu du Japon...

C'est dans les années 1990, au Japon, que le terme hikikomori, signifiant "se retirer à l'intérieur", est apparu pour qualifier le comportement de ces jeunes se coupant soudainement du monde, sans qu'une pathologie mentale en soit désignée comme la cause. Déjà nombreux à l'époque, une étude du gouvernement nippon datant de 2016 les estimait à plus d'un demi-million là-bas. Si ces ados qui s'excluent eux-mêmes de la société ont chacun leurs raisons pour prendre cette décision drastique, Jean-Marie Bouissou, spécialiste du Japon contemporain, explique dans un entretien aux Inrocks que "la cause principale est la dureté du système scolaire japonais. Le phénomène touche principalement les garçons car c'est sur eux que repose l'essentiel des attentes des familles concernant la réussite de leurs enfants". Le psychologue clinicien Samuel Dock précise quant à lui : "C'est une anxiété du lien social. Le regard de l'autre et l'attente de son jugement sont trop pesants pour l'hikikomori, qui ne veut pas en payer le prix."

...qui se développe de plus en plus en France

D'ailleurs, ce phénomène est désormais loin de ne toucher que le Japon puisque des cas sont recensés dans le monde entier. En France, s'il n'existe aucune statistique officielle, la psychiatre Marie-Jeanne Guedj, auteure d'un livre sur le retrait social des jeunes, estime qu'ils sont plusieurs dizaines de milliers. En revanche, ils sont souvent "diagnostiqués autrement : phobie sociale, dépression ou décrochage scolaire", comme le révèle Cristina Figueiredo, coauteure de "Hikikomori, ces adolescents en retrait", toujours aux Inrocks.

Reclus mais en contact

S'ils ne sortent plus de chez eux, cela ne veut pas dire que les hikikomori n'ont plus aucun contact avec l'extérieur. Beaucoup passent des heures sur Internet, notamment à échanger entre eux, par exemple sur Facebook où Ael - 32 ans, vivant depuis 13 ans dans un chalet au fond du jardin de son père - a créé le groupe Hikikomori France. Celui qui explique à 20 Minutes avoir choisi ce mode de vie pour "(fuir) le monde car il était trop dur, trop brutal, trop insécurisant, trop injuste, trop dégoûtant" a créé ce groupe pour aider les autres personnes comme lui. "Lorsqu'on arrive à trouver d'autres personnes comme nous, cela procure un sentiment très fort. On peut enfin comprendre que ce n'est pas notre faute au final, car sinon on ne serait pas si nombreux à être en tort", assure-t-il.

À noter que si des hikikomori peuvent le rester des dizaines d'années, d'autres arrivent à en sortir et retrouver une vie sociale, parfois grâce à un projet ou une hospitalisation. Car si certains refusent l'idée même de consulter un spécialiste, d'autres acceptent de parler de leur situation à un psychologue et à entamer une démarche de réinsertion.

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