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Jean Lassalle ("Les traîtres" sur M6) : "Il m'a fallu au moins la moitié de l'enregistrement pour comprendre le jeu"

La bande-annonce du jeu "Les traîtres" sur M6. © M6, Etienne JEANNERET/M6

L'ovni parmi "Les traîtres" de M6. Candidat aux élections présidentielles 2017 et 2022, Jean Lassalle est l'une des 18 personnalités attendues de pied ferme, ce mercredi 12 juillet 2023 dès 21h10, par Éric Antoine au château de Val, décor de la deuxième saison du jeu machiavélique de la Six. Revêtira-t-il la cape rouge des traîtres ou cherchera-t-il à les démasquer ? Avant que les téléspectateurs ne le découvrent sous un nouveau jour, Jean Lassalle s'est confié à puremedias.com.

Propos recueillis par Ludovic Galtier

puremedias.com : Découvrir le nom de Jean Lassalle dans la liste des 18 candidats des "Traîtres" est improbable. Est-ce que l'on peut convenir que vous êtes le candidat le plus atypique du cast 2023 ?Jean Lassalle : Est-ce que je suis le candidat le plus atypique ? Je ne sais pas. Peut-être celui que l'on aurait le moins attendu. Je ne m'attendais pas du tout à être contacté. Mon directeur de campagne, qui m'a annoncé que la production allait me téléphoner, m'a dit : "Il faut que tu le fasses, c'est très bien". L'un de mes fils en a rajouté une couche en me disant : "Tu vas sortir de ta zone de confort, tu vas être obligé de te lancer dans un univers que tu ne connais pas et tu vas aussi rencontrer d'autres catégories de la population, des artistes que tu n'as jamais rencontrés".

Vous ne connaissiez personne ?Je connaissais seulement le compagnon de Juju Fitcats (Tibo InShape, vidéaste spécialisé dans la musculation, ndlr), qui m'avait invité à Albi pour faire des altères. Il n'y a pas que ses muscles qui sont costauds, sa tête l'est aussi. C'est un type dont j'ai gardé un très bon souvenir. Je connaissais aussi l'animateur Guillaume Pley. Il m'avait interviewé quinze jours avant le tournage. Je ne savais pas qu'il venait, lui non plus.

"Mon personnage est à mille lieues de faire de la télé-réalité"- Jean LassalleUne émission comme "Les traîtres", est-ce la place d'une personnalité politique ?Je crois que cela dépend du point de vue de chacun. Disons que pour moi, c'était terriblement dur. Je pense que dans tout ce que j'ai pu faire dans ma vie, cela a été la décision la plus difficile à prendre tellement elle ne me ressemblait pas. Au-delà du fait que mon fils me conseillait d'aller voir ailleurs, je me suis dit : "Si tu n'y vas pas, c'est que tu as peur et tu te défiles".

Qu'est-ce que vous craigniez le plus ?C'est ce que vous venez de dire : "Qu'est-ce qu'il fout là dedans ?". Je redoutais les attaques, les commentaires. Est-ce que j'ai vraiment besoin de ça finalement ? Est-ce que je ne suis déjà pas la cible d'attaques en nombre suffisant pour aller en chercher là où personne ne me demande rien ? Mon personnage est à mille lieues de faire de la télé-réalité. La télé-réalité n'est d'ailleurs pas ma tasse de thé. Après, je n'ai pas pu réfléchir cent sept ans non plus : pour m'aider à me décider, j'ai appelé le gagnant de l'an dernier (David Douillet, ndlr), qui m'a dit que ça me plairait. J'ai donc accepté. En revanche, j'ai été incapable de lire le règlement, je n'ai rien regardé, rien cherché à savoir. Ce qui fait qu'il m'a fallu au moins la moitié de l'enregistrement pour comprendre un peu de quoi il s'agissait.

Jouer l'ingénu, était-ce au final une stratégie ?Oui, parce que quand tu ne comprends pas (les règles), quand tu n'as pas de vision sur le court et le moyen terme et encore moins sur le final, qu'est-ce que tu veux faire ? Tu es donc obligé de composer avec ce que tu sais faire. Le peu que j'ai su faire dans ma vie, c'est de me servir de mon intuition qui m'a plutôt toujours donné des pistes justes. Je me disais qu'il fallait que je gagne du temps et que j'observe pour comprendre un peu le jeu.

"J'avais cinq vertèbres cassées et trois disques complètement écrasés"- Jean LassalleVous étiez-vous fixé des limites à ne pas dépasser dans ce jeu où tout est permis pour gagner ?Je n'avais qu'une limite, elle était physique. Je m'étais blessé au dos. J'avais cinq vertèbres cassées et trois disques complètement écrasés. Je souffrais énormément. J'ai même dû m'interrompre une matinée car j'ai voulu faire un jeu pour aider deux filles, dont (l'ancienne) ministre des Sports (Laura Flessel, ndlr) et je ne sais qui d'autre, qui portaient un poids très lourd. J'ai voulu porter le poids puis j'ai senti que cela avait claqué de nouveau. J'ai été shooté le lendemain.

Comment avez-vous appréhendé le vote à la table-ronde, le moment solennel de l'émission ?La première fois, tu n'as aucune certitude. C'est-à-dire que tu sens qu'il y a un mouvement. Tu as plutôt tendance à le suivre qu'à t'en détacher.

"Norbert m'a dit que j'étais 'L'agent X'"- Jean LassalleNouer des alliances et convaincre sont des qualités des politiques. Suscitiez-vous la méfiance des autres candidats ?Non, Norbert, je crois, m'a dit que j'étais "L'agent X". Et je pense que l'on me voyait comme ça. On ne voyait pas très bien comment me situer. Ce n'était pas désagréable sauf que j'étais convaincu qu'à tout moment, la foudre pouvait tomber. Puis, notez qu'une carrière politique, c'est du temps long. Il est rare que quelqu'un vous trahisse le premier soir même si cela peut arriver. C'est la grande différence avec ce jeu, qui est un accéléré des mauvais et des bons penchants de l'homme.

Avez-vous eu recours à la psychologue que la production a mise à disposition des candidats ?J'ai été très heureux de la rencontrer et je serai très heureux de la revoir. Mais très franchement, je n'avais pas le sentiment d'être perturbé au point d'avoir besoin de psychologue. J'ai un copain psychiatre, qui m'a dit un jour qu'il souhaitait absolument me psychanalyser. Il a arrêté au bout d'une demi-heure. Je lui ai dit "C'est déjà fini". Il m'a dit "Non, tu es en train de me rendre fou".

Dans le cast, Laura Flessel, qui a été ministre des Sports - dans le premier gouvernement d'Édouard Philippe à l'arrivée d'Emmanuel Macron à l'Élysée en 2017 - partage votre goût de la politique. Avez-vous eu le temps de débattre avec elle ?Je n'ai pas eu le temps. Les rares moments où j'ai parlé avec elle, j'ai plutôt cherché à savoir qui elle était. Je savais qu'elle avait été plutôt viré injustement (du gouvernement). J'avais plutôt envie d'en savoir plus sur elle. C'est une passionnée de vie, une fille très agréable.

"La campagne présidentielle n'a servi à rien sinon à reconduire Emmanuel Macron"- Jean LassallePendant la présidentielle, vous avez lâché vos coups contre les journalistes et les principaux actionnaires des grands médias comme Xavier Niel, Bernard Arnault et Vincent Bolloré pour ne citer qu'eux. Qu'est-ce que vous pensez de Nicolas de Tavernost, le président du directoire du groupe M6 ?Je n'ai pas eu le sentiment qu'il avait levé la main sur moi ni qu'il m'avait fait du mal. Ce qui est sûr, c'est que des prédateurs se sont emparés du paysage audiovisuel français (PAF).

Auriez-vous accepté de participer à une émission si elle avait été diffusée sur une autre chaîne, comme Canal+ par exemple ?Je ne sais pas. À vrai dire, je me suis un peu fait une opinion sur le monde des médias maintenant, vu le nombre d'heures qu'on m'a attribuées lors de mes campagnes électorales, comparées à celles attribuées à mes concurrents tels que Jean-Luc Mélenchon, Valérie Pécresse, et tous les autres... Sur ce plan-là, il me semble que l'on peut dire "Pauvre pays, pauvre démocratie, pauvre France". Ce n'était pas cela le débat d'idées.

Vous ne participerez donc pas au nouveau magazine politique que prépare Cyril Hanouna sur C8, autre chaîne du groupe Canal+ ?Il faut considérer la relation personnelle que j'ai avec Cyril Hanouna, qui m'a invité à un moment où se posait le problème du nombre d'heures que je ferais à la télévision pendant la campagne présidentielle. Une campagne présidentielle, qui du reste n'a servi à rien sinon à reconduire Emmanuel Macron, ce qui était programmé comme du papier à musique. J'avais hésité avant d'y aller et l'ai finalement trouvé parfaitement correct.

publié le 11 juillet, Ludovic Galtier Lloret, Puremédias

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