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Alexia Laroche-Joubert quitte ALP pour Banijay : "J'ai l'impression de rendre les clés de la maison en ayant fait le taff"

Alexia Laroche-Joubert dément le départ de Jean-Pierre Foucault du concours Miss France © Pierre Olivier Callede

"J'étais la seule salariée qui disait à son patron de la virer au bout de 10 ans. Finalement, c'est arrivé plus rapidement que prévu", s'amuse Alexia-Laroche Joubert. Vendredi, après sept ans à la tête d'Adventure Line Productions, la société de production derrière "Koh-Lanta" et "Fort Boyard", la dirigeante française deviendra présidente directrice générale du groupe Banijay France. Pour sa première prise de parole depuis l'annonce de sa nomination en juillet dernier, Alexia Laroche-Joubert a choisi puremedias.com. Dans cette première partie d'entretien, elle dresse le bilan de ces sept années chez ALP.

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Propos recueillis par Benjamin Rabier

puremedias.com : Vous devenez demain, présidente-directrice générale du groupe Banijay. Comment s'est passée cette nomination ?Alexia Laroche-Joubert : Quand Stéphane Courbit (le fondateur de Banijay) a décidé de développer un nouveau secteur d'activité autour de l'événementiel avec Banijay Events, il a pensé à François de Brugada qui était président directeur général de Banijay France depuis 2015, pour gérer ces activités. Il m'a alors appelée pour me demander si lui succéder m'intéressait. J'ai pris quelques jours pour réfléchir. J'avais envisagé de partir d'Adventure Line Productions dans deux ans. Mais pas dès cet été. J'étais très heureuse de travailler avec toute cette bande. Et surtout les programmes qui font partie du portefeuille d'ALP.

Qu'est-ce qui vous a fait accepter alors ?Dans une carrière, il y a des postes qui ne se refusent pas. Je préfère toujours être au-dessus de moi que d'avoir quelqu'un au-dessus de moi. J'ai toujours considéré qu'il n'y avait pas de plafond de verre. Même si ça sollicite des compétences que je n'ai pas toujours (corporate, globales, managériales), je me sentais la capacité de les acquérir. Mon vrai point de réflexion a été de me demander si j'avais envie de sortir les mains du cambouis. Je pense qu'après 36 ans de carrière, je pouvais me le permettre. Il y a beaucoup de gens que je connais dans le groupe, des patrons de filiales dont je vais m'occuper, que ce soit Florence Fayard (Banijay Productions), Mathieu Vergne (DMLSTV), Jean-Louis Blot (Endemol) ou encore Dominique Farrugia (Shine Fiction). Je me suis dit qu'après toutes ces années, je pouvais apporter quelque chose à ces gens-là. Je pense que j'en ai la capacité et la maturité. Je pense que le fait d'avoir lancé des start-ups et d'avoir collaboré avec de très gros groupes comme Canal+, TF1, Endemol ou Banijay, me permet de comprendre toutes les difficultés du métier.

"C'était la troisième fois qu'on me proposait un poste de ce type et je me suis dit qu'à un moment, il faut peut-être le prendre"- Alexia Laroche-JoubertPrésidente-directrice générale d'un géant de l'audiovisuel, c'était un rêve pour vous ?J'avais déjà été approchée par des grands groupes pour ce type de poste-là mais j'avais décliné leur proposition parce que j'étais très heureuse chez ALP. Là, c'était la troisième fois qu'on me proposait un poste de ce type et je me suis dit qu'à un moment, il faut peut-être le prendre (rires). Encore plus dans une maison que je connais bien, avec quelqu'un avec qui je travaille en confiance. Ça fait 27 ans qu'on travaille ensemble avec Stéphane Courbit.

Quel bilan tirez-vous de vos sept années à la tête d'Adventure Line Productions ?Je me suis battue pour prendre la direction d'ALP parce que je voulais absolument travailler avec les gens qui composent cette filiale. Cette envie-là s'est confirmée tout au long de ma présidence. J'ai eu la chance de bosser sur deux monstres du patrimoine français, "Koh-Lanta" et "Fort Boyard", c'est une énorme satisfaction. Si on regarde ma carrière, avant ALP, j'avais toujours travaillé sur des lancements de programme. C'est la première fois que l'on me confiait des programmes dont je devais assurer la perpétuité. C'est comme les héritages des enfants, c'est une énorme responsabilité de perpétuer un héritage. J'ai une énorme satisfaction de quitter ALP ce soir, même si j'aurais toujours un oeil dessus, avec ce bilan-là. Quand je regarde ce qu'on a réussi à faire cet été, c'est une énorme fierté. On sort avec une saison de "Koh-Lanta" qui a super bien marché, dont la qualité a été remarquée à la fois par les journalistes, par la chaîne et par le public. "Fort Boyard" termine sa 34e saison sur France 2 avec des scores en hausse sur toutes les cibles. C'est un exploit quand on connait la difficulté du linéaire en ce moment. Les autres marques d'ALP ont également cartonné tout l'été. "La carte aux trésors" avec Cyril Féraud a signé sa meilleure saison depuis son retour à l'antenne en 2018 et "Le grand quiz" présenté par Hélène Mannarino sur TF1 a très bien fonctionné aussi. J'ai l'impression de rendre les clés de la maison en ayant fait le taff.

"Ma marque de fabrique, c'est un profond amour des programmes et un profond respect des gens qui produisent les programmes"- Alexia Laroche-JoubertVous l'avez dit, vous avez réussi à pérenniser des marques fortes. C'est quoi votre secret ?Je pense que ma marque de fabrique c'est un profond amour des programmes et un profond respect des gens qui produisent les programmes. On a su se renouveler. Je remets beaucoup les choses en question. J'ai eu la chance de travailler avec l'intelligence des équipes qui ont l'organique de ces programmes-là. Guillaume Ramain est à la tête de "Fort Boyard" depuis plus de dix ans. Julien Magne est arrivé en tant que journaliste sur "Koh-Lanta" en 2005. C'est très important sur ces deux programmes de respecter l'organique des gens. Et après, tu challenges, tu poses des questions. Sur "Koh-Lanta", on a beaucoup bossé sur le casting. Il y a cinq ans, j'ai demandé à un monteur de remonter certaines séquences pour raconter l'histoire différemment, de mettre en images différemment certains éléments de l'intrigue. Sur "Fort Boyard", on a retravaillé le montage pour changer un peu le rythme, on a retravaillé les personnages, on a remis le Père Fouras au coeur de l'histoire. De petits ajustements peuvent permettre de ne pas faire fuir les fidèles et d'apporter de la nouveauté.

Ça ne va vraiment pas vous manquer de ne plus avoir les mains dans le cambouis ?C'est réellement l'élément sur lequel j'ai le plus réfléchi. C'est en totale connaissance de cause et avec une vraie réflexion que j'appréhende ces nouvelles fonctions. C'est ce que j'ai dit à tous les patrons de filiale : quelques fois, quand on dirige une boîte, on se sent seule. C'est beaucoup de responsabilité. Ce que je trouve intéressant pour eux avec ma nomination, c'est d'échanger avec quelqu'un qui est passé par là, qui a connu les mêmes difficultés, les mêmes doutes et les mêmes solutions. Je pense que c'est très utile.

"Ma plus grosse satisfaction sera d'avoir réussi à tourner une édition de 'Koh-Lanta' pendant le covid"- Alexia Laroche-JoubertGardez-vous un moment particulier en tête quand vous vous refaites le film de ces sept dernières années ?Ma grosse satisfaction sera d'avoir réussi à tourner une édition de "Koh-Lanta" pendant le covid. Ce fut une prise de risque énorme pour ALP et les équipes. On était le seul pays au monde à le faire. Nous n'étions pas assurés, pas vaccinés, c'était un peu fou... Mais on a permis à TF1 de diffuser un programme frais et d'apporter tous les éléments d'évasion dont le public avait besoin à ce moment-là. D'avoir fait ça avec les équipes, c'était vraiment pas simple, ça restera ma grande satisfaction d'avoir vécu ça.

Qui va vous remplacer à la tête d'ALP ?Ce que j'aime chez Banijay c'est qu'il n'y a pas de plafond de verre. Ce qu'on m'applique à moi, il faut aussi l'appliquer aux autres. Montrer qu'avec du travail, on grandit dans un groupe comme le nôtre. J'ai donc décidé de faire grandir des gens qui m'accompagnent depuis sept ans. Frédéric Lussato, jusqu'alors directeur général, est nommé CEO. Julien Magne, qui était le directeur des programmes et producteur de "Koh-Lanta", prend la direction générale en charge de tous les contenus. Je trouvais que c'était un alliage extrêmement complémentaire parce qu'ils se connaissent depuis sept ans. La difficulté de produire ce type de programmes nécessite des gens qui en connaissent extrêmement bien tous les rouages. Au fil de ces sept ans, ils ont prouvé par leur intelligence, leur expertise, qu'ils en étaient capables. Je suis très heureuse aussi d'envoyer ce signal. Pour moi c'est très important de voir grandir les gens.

Qui va succéder à Julien Magne que les fidèles de "Koh-Lanta" connaissent bien puisqu'il en était le producteur ?On va faire cela doucement. On a une réunion ensemble spécifiquement sur cette question-là dans les jours à venir. L'engagement que Julien a vis-à-vis de TF1, c'est de rester au plus près de ce programme-là. Après, ça va être à lui de déléguer certaines de ses missions sur des gens qu'ils estiment capable de relever le défi.

Continuerez-vous à présider la société Miss France ?Pour le moment, je reste. On fera le point avec le groupe après la prochaine élection.

La suite de l'interview d'Alexia Laroche-Joubert est à découvrir demain sur puremedias.com.

publié le 31 août, Benjamin Rabier, Puremédias

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