Continent de plastique : mythe environnemental ou réalité cauchemardesque ?

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Dans leurs études, les experts environnementaux attestent l'existence de ces zones d'accumulation.
Dans leurs études, les experts environnementaux attestent l'existence de ces zones d'accumulation.
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© Adobe Stock, panaramka

Une déchetterie en plein océan, de la taille d'un tiers des États-Unis ou l'équivalent de six fois l'Hexagone, voilà ce qui se cache derrière le terme "continent de plastique" dans l'imagerie collective.

Avec huit millions de tonnes de déchets plastiques pénétrant les océans chaque année, cette gigantesque marée polluante ne semble pas n'être qu'une illusion. En voyage dans le Pacifique, le navigateur Charles Moore a été le premier a sonné l'alerte dès 1997, ahuri par la vue. "Jour après jour, je ne voyais pas de dauphins, pas de baleines, pas de poissons, je ne voyais que du plastique", relatait-il au Monde en 2012. Le signalement de l'explorateur éveille la curiosité de scientifiques, qui partent en expédition dans ce périmètre dégradé de trois millions et demi de mètres carrés, rapidement surnommé "The Great Pacific Garbage Patch" ou "La grande poubelle du Pacifique".

Le "septième continent" émietté à travers les eaux

Au cours des analyses, 334 271 fragments de plastique par kilomètre carré sont découverts en moyenne, mais certains résultats grimpent jusqu'à 969 777 fragments par kilomètre carré. Autre contrat : 80% d'entre eux proviennent avec certitude des terres. Depuis, d'autres endroits similaires ont été découverts. Cinq grands bassins présentant toutes les mêmes caractéristiques sont dénombrés au sein du Pacifique Nord, du Pacifique Sud, de l'Atlantique Nord, l'Atlantique Sud et de l'océan Indien.

Dans leurs études, les experts environnementaux attestent l'existence de ces zones d'accumulation. Les ordures de nos poubelles, industries, stations d'épuration mais surtout les micro-plastiques sont pris au piège des courants marins qui se rejoignent sous la forme d'une spirale. Connus sous le nom de "gyres océaniques", ces vortex vont aspirer et emprisonner tout ce qui flotte à la surface. Les dépôts, majoritairement de quelques millimètres car fragmentés par le temps, seront maintenus pour toujours dans ce périmètre par la force centripète. Un problème notamment pour la faune avoisinante.

Pollution maximale avec ces plaques de détritus

Des poissons aux mammifères marins, des tortues aux oiseaux, tous ingèrent ces amas de plastiques à l'abandon qu'ils confondent avec du plancton. "Même dans les fosses océaniques les plus profondes... La plus profonde étant la fosse des Mariannes, qui se situe dans le Pacifique et est à onze mille mètres en dessous du sol alors que le Mont Everest est à huit mille mètres au dessus de la surface, même là les plus petits crustacés ont ingéré du plastique", tenait à avertir Nelly Pons sur les ondes de France Bleu en décembre 2020, l'auteur de l'ouvrage "Océan Plastique". Ces ramassis engendrés par l'Homme mettent en péril la survie des écosystèmes marins.

Est-ce encore réparable ? L'ampleur titanesque de la catastrophe laisse pensif. Les zones sont reculées et massives, les États ne veulent pas prendre la responsabilité de ces espaces hors des eaux nationales et des zones économiques exclusives, les plastiques se comptent par millions... Pour agir à plus petite échelle, la communauté scientifique implore d'arrêter la propagation des déchets avant qu'ils ne regagnent les mers et océans : nettoyer les plages, les canaux, les rivières mais aussi apprendre à réduire, recycler et réutiliser. L'utopie aurait finalement été que le continent de plastique soit bien un mythe.

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