Réforme des retraites : Emmanuel Macron déjeune avec dix éditorialistes pour "distiller la bonne parole"

Réforme des retraites : Emmanuel Macron déjeune avec dix éditorialistes pour "distiller la bonne parole"La chronique d'Eve Roger dans "C médiatique" le dimanche 22 janvier 2023. © France 5

, publié le 24 janvier 2023

Le président de la République a déjeuné à l'Élysée avec dix éditorialistes de la presse parisienne afin de leur livrer en personne ses éléments de langage sur la réforme des retraites.

Quand Emmanuel Macron tire les ficelles des éditorialistes politiques. Si le président de la République a fait preuve de discrétion depuis ses voeux du 31 décembre, il active ses réseaux en coulisses pour propager ses messages. Dimanche dans "C médiatique" sur France 5, la journaliste Eve Roger a donné de l'écho à un déjeuner censé rester confidentiel entre le locataire de l'Élysée et des journalistes. Un déjeuner dont le menu a été révélé entre les lignes quelques jours plus tôt par "Politico".

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Guillaume Tabard, Nathalie Saint-Cricq, Benjamin Duhamel...

"Deux jours avant la journée d'action, c'était mardi, la communication de l'Élysée organise une petite rencontre dont elle a le secret, c'est-à-dire un déjeuner avec le Président et dix éditorialistes de la presse parisienne, convoqués à peine 24 heures avant", a contextualisé la journaliste dans la nouvelle chronique de l'émission "La fabrique politique". Et la journaliste a révélé l'identité des convives : "On y trouve Guillaume Tabard, du 'Figaro', Dominique Seux de France Inter et des 'Échos', Françoise Fressoz du 'Monde' ou encore Nathalie Saint-Cricq de France Télévisions"."L'objectif de l'Élysée", a poursuivi la journaliste, "c'est qu'Emmanuel Macron distille la bonne parole, donne lui-même les éléments de langage aux dix journalistes les plus influents de la presse parisienne afin que la parole présidentielle infuse dans l'opinion et pourquoi pas l'influence". Et d'ajouter : "Mais il y a une condition de taille à ce déjeuner : les journalistes ne doivent pas dire qu'ils ont vu Emmanuel Macron et donc ne peuvent pas le citer".C'est de cette manière que l'éditorialiste et chef du service politique de France Inter, Yaël Goosz, a titré un article de la façon suivante : "Mobilisation contre la réforme des retraites : Macron ne croit pas à 'la victoire de l'irresponsabilité'". "Idem dans 'La matinale du Monde'", a constaté Eve Roger, avant de diffuser les images de Benjamin Duhamel, éditorialiste sur BFMTV, en train de tenir "un vocabulaire identique" sans citer directement le chef de l'État. "Dans tous les cas, les journalistes prennent des libertés avec la vérité, ce qui ne manque pas de poser des questions éthiques", a conclu Eve Roger. puremedias.com vous propose de visionner la séquence.

Un "journalisme de gouvernement"

Des méthodes qui ont fait bondir Edwy Plenel, directeur de la publication de "Mediapart". "Ce déjeuner confidentiel à l'Élysée d'éditorialistes des médias, qui ont tous accepté de taire cette rencontre avec le président tout en reprenant ses éléments de langage, illustre ce 'journalisme de gouvernement' contre lequel nous avons créé 'Mediapart'", a-t-il écrit dans un tweet.Sur CNews, ce mardi matin, Pascal Praud, avec le talent oratoire qu'on lui connaît, a fustigé lui aussi ces pratiques. "C'était veille de manifestation et le prince souhaitait que les éléments de langage passassent dans les chaumières du bon peuple. Il fallait infuser, distiller, répandre la bonne parole. Les convives acceptèrent l'augure du prince, certains ont leur carte de prêche. CNews n'était pas invité, comme c'est curieux, comme c'est étrange et quelle coïncidence. Il y a parfois des déjeuners qui ressemblent au théâtre de Ionesco. Ils voyagent en absurdie."Hasard du calendrier, ce déjeuner fait l'actualité concomitamment à la sortie du baromètre annuel des médias de "La Croix". Celui-ci revient sur les causes de la méfiance des Français envers les médias.

A LIRE AUSSI : Baromètre de "La Croix" : La confiance des Français dans les médias remonte"Parmi les causes de cette méfiance, les doutes sur l'impartialité et l'indépendance des journalistes sont importants. De manière stable depuis plusieurs années, seul un quart des Français estime que les journalistes sont indépendants aux pressions de l'argent (26%) ou à celles du pouvoir (24%)", indique ainsi le Baromètre.

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