Linda Lorin (Arte) : "Une déclinaison d''Invitation au voyage' en prime time ? Ce serait bien !"

Linda Lorin (Arte) : "Une déclinaison d''Invitation au voyage' en prime time ? Ce serait bien !"Générique du magazine "Invitation au voyage" présenté par Linda Lorin sur Arte © Fabien Boukla

, publié le 25 février 2022

La présentatrice de la quotidienne d'Arte a accordé un entretien à puremedias.com pour son 1.000 numéro.

Les bougies sont de sortie. Ce vendredi, à 17h40, Arte diffusera le millième numéro du magazine "Invitation au voyage"* présenté par Linda Lorin. Après presque cinq ans de présence dans la grille de la chaîne franco-allemande, la discrète émission s'est fait une place dans le secteur des programmes culturels du petit écran. Elle a d'ailleurs été rallongée d'une vingtaine de minutes supplémentaires en janvier 2018 et a eu le droit depuis novembre 2021 à une déclinaison à 18h30 avec "Invitation au voyage : Nos inspirations". A présent, la quotidienne, diffusée du lundi au samedi, s'offre même parfois des performances en part d'audience supérieures au talk phare d'Arte, "28 minutes" d'Elisabeth Quin. A l'occasion de cet anniversaire, puremedias.com s'est entretenu avec l'animatrice d'"Invitation du voyage".

Propos recueillis par Florian Guadalupe.

puremedias.com : La 1.000e, ça se fête ! Qu'avez-vous prévu pour le numéro de ce vendredi ? Linda Lorin : Des cotillons ! Du champagne ! (rires) Nous allons garder la ligne directrice du magazine : une ouverture sur le monde. Dans la partie "Papilles", nous allons préparer une petite surprise. Nous allons apprendre à préparer un couscous ! Le reste du sommaire restera dans l'ADN d'"Invitation au voyage". Par exemple, la partie baptisée "L'incontournable" sera sur l'invention du LSD. Ce n'est pas un sujet événementiel. Nous allons rester plutôt sobres. Il n'y aura certes pas de bêtisiers, mais nous aurons un décor spécial et un gâteau.

"Les gens ont viscéralement besoin d'évasion en ce moment"- Linda LorinQuel bilan tirez-vous de ces presque cinq ans d'existence ? C'est une aventure incroyable. Nous avons démarré tout petit. L'émission durait au début 28 minutes. Aujourd'hui, elle en fait 45. Il y a des spéciales. Puis, la déclinaison "Les inspirations" qui enchaîne. Il y a un propre étonnement sur ce que nous avons réussi à faire. Nous sommes assez dépassés par le concept qui paraît simple à la base et qui plaît beaucoup aux gens. La preuve parce que sinon nous ne serions pas là encore cinq ans après ! Je pense aussi que le Covid nous a vachement aidés. C'est terrible à dire. Les gens ont viscéralement besoin d'évasion en ce moment.

Cinq ans, 1.000 numéros, c'est plus de 5.000 reportages. N'avez-vous jamais craint d'atteindre une limite d'angles de sujet ? Il y a plein de choses à explorer sur terre. C'est un peu bateau de le dire. Mais nous-mêmes, nous sommes dépassés par cette espèce de corne d'abondance. Nous avons l'impression que c'est inépuisable tout ce qu'on peut découvrir sur Terre. Des sujets, il y en a toujours. Mais il y a toujours cette crainte. Dès les premières émissions, nous avions très peur du côté éphémère des sujets. Finalement, non. Il y a toujours des choses à dire. C'est la curiosité qui mène à de nouveaux angles et à des milliers de questions. Nous avons beaucoup de gratitude envers les gens qui nous suivent et de satisfaction à découvrir nous-mêmes plein de choses.

"Je ne dirais pas que c'est une armée mexicaine mais c'est énorme !"- Linda LorinCombien y a-t-il de personnes qui travaillent derrière "Invitation au voyage" ? C'est énorme ! Dans la rédaction, il y a à peu près une quarantaine de personnes fixes à Elephant. Ensuite, il y a plus d'une centaine de réalisateurs. En plateau, nous sommes une trentaine. Je ne dirais pas que c'est une armée mexicaine parce que c'est péjoratif. (rires) Mais c'est énorme ! On ne se rend pas compte. "Invitation au voyage" est une quotidienne assez discrète. Nous sommes sur Arte. Ce n'est pas une chaîne qui fait du battage médiatique. Toutefois, c'est une vraie petite entreprise.

Combien de temps prend la réalisation de chaque sujet ? En général, quand les réalisateurs partent loin, ils restent trois semaines et font cinq sujets, qu'ils tournent à un bon rythme. Ensuite, les montages, ça prend à peu près une semaine. L'équipe, en nombre, c'est monstrueux. Le travail, lui aussi, est monstrueux. Chaque personne de cette équipe bosse comme un fou.

"Invitation au voyage" est très cadrée avec des parties bien distinctes : l'inspiration, le clin d'oeil avec Thomas Chauvineau, l'héritage, la papille, l'incontournable, mais aussi votre devinette en début d'émission. Qu'apporte autant de rubriques ? Ca apporte de l'éclectisme. Nous nous distinguons des autres émissions de voyage avec ces formats et des sujets relativement courts. Ca fait partie de nos spécificités. Ca permet de donner du rythme et une absence de lassitude des gens, sans être pour autant un zapping. Les sujets durent quand même 14 minutes. Ca fait partie du fait que les gens accrochent.

"Nous ne proposons pas les sujets pour faire de l'audience, comme ça peut se faire dans d'autres documentaires"- Linda LorinLa case fonctionne d'ailleurs plutôt bien. Avez-vous un regard sur les audiences du programme ? Très peu. Je demande de temps en temps quand même. Je viens de médias où il n'y a pas forcément beaucoup d'audience. J'ai été à Radio Nova et à Ouï FM. On ne s'intéressait pas à l'audience. A Arte, c'est un peu le même esprit. Nous nous intéressons surtout au contenu. Mais bien entendu, je suis contente quand on me dit que ça marche. Il y a tout ce travail qui est récompensé. Nous ne proposons pas les sujets pour faire de l'audience, comme ça peut se faire dans d'autres documentaires : "A telle minute, il faut mettre une fille à poil ou un chaton pour que les gens restent". Nous, non. Si nous avons envie de parler d'Andreï Tarkovski, nous allons parler d'Andreï Tarkovski. Nous croyons beaucoup en la curiosité du téléspectateur. C'est le propre d'Arte. Nous n'avons pas lâché l'affaire.

Les émissions comme "Invitation au voyage", mais aussi "Rendez-vous en terre inconnue", "Echappées belles", "J'irai dormir chez vous" ou "Nus & culottés", signent de bonnes audiences. Comment expliquez-vous cet attrait des téléspectateurs pour ce genre de programme ? En ce moment, il y a un facteur Covid. Nous sommes tous rincés par cette épidémie. Nous avons subi un confinement. C'est exceptionnel dans la vie de quelqu'un. Ensuite, voyager en ce moment est extrêmement compliqué. Les gens ont une petite fenêtre avec nous sur le monde extérieur. C'est presque vital. Avant le Covid, il y avait déjà des gens bloqués chez eux. Il n'y a pas que le Covid qui bloque des gens. Être bloqué chez soi peut passer par plein de choses : la maladie, les sous, l'âge. J'ai des témoignages hyper touchants chaque jour. La grand-mère d'un animateur phare de France 2, qui n'est plus là maintenant, m'envoyait souvent des messages et était fan d'"Invitation au voyage". C'était très mignon. Sa petite-fille me disait qu'elle regardait l'émission et après, elle prenait des notes. Elle avait sans doute beaucoup voyagé, cette dame. Elle revivait des voyages à travers nous. C'est ça qui explique aussi le succès du programme.

"Ce serait bien que je fasse des interviews dans 'Invitation au voyage'"- Linda LorinA l'ère de l'information en continu et des réseaux sociaux, comment arrive-t-on à informer les téléspectateurs avec du contenu plus froid ? Je pense que nous sommes dans une telle société de zapping et de superficialité que ça fait du bien d'aller vers des choses posées, un peu plus réfléchies et avec un peu plus de recul. Contrairement aux audiences, je regarde beaucoup Twitter pour voir ce que les gens pensent. Je lis des personnes qui disent : "J'arrête de regarder l'info le matin ou les débats le soir parce qu'on veut un peu de recul". Nous pouvons parler de l'actualité, mais par le biais du passé. Par exemple, pour évoquer le Covid ou les vaccins, nous allons revenir des années en arrière à Montréal où il y avait eu un débat sur un vaccin. Le téléspectateur pourra se dire : "Oui, tiens, à l'époque, ils avaient fait ça. Nous, notre société, pourquoi elle réagit comme ça ?". Nous misons beaucoup sur l'intelligence des gens parce que les gens sont intelligents. Nous n'allons pas dans la facilité. Oui, parfois, on a juste envie de se poser sur son canapé et de regarder "Maison à vendre" et "L'amour est dans le pré". Sauf que de temps en temps, c'est aussi agréable de se poser avec une émission "feel good", tout en apprenant des choses.

Avec ces audiences favorables, êtes-vous prête à devenir la nouvelle Elisabeth Quin d'Arte ?Non, non, pas du tout ! Pas de concurrence ! Elisabeth est parfaite et brillante. C'est ce qui est bien avec Arte. Ils ont eu le nez pour trouver une personne comme moi avec une émission bienveillante. Je crois que je suis comme ça dans la vie. Elisabeth, elle a de la spontanéité et de la répartie. Elle correspond à "28 minutes". Mais non... (rires) Chacun à sa place. Tout va bien !

Après cette millième, est-ce que l'émission pourrait être encore rallongée ? Oui, pourquoi pas. Il est vrai qu'on pourrait varier la durée du programme. On pourrait aussi me faire partir à l'étranger ! (rires) J'adorerais ! J'aimerais aussi beaucoup retrouver l'interview. Nous l'avions fait une fois pour une spéciale Beethoven. Nous étions partis à Vienne pendant une semaine. Le format se rapprochait un peu plus d'"Echappées belles", des "Trains pas comme les autres" et de "Faut pas rêver". Ce serait bien que je fasse des interviews dans "Invitation au voyage". Ce pourrait être une option. Après la rallonger, pourquoi pas. Mais il ne faut pas non plus lasser les gens. Puis, pour la rallonger, il faudrait employer encore plus de gens. Il faut faire attention à ne pas en faire trop. Après, ce sont des considérations de chaîne, je n'en sais rien du tout.

"J'aimerais animer une sorte de 'Grand échiquier' sur Arte !"- Linda LorinEt une déclinaison en prime time ? Ce serait bien ça aussi ! C'est ce que la chaîne voulait faire avec le numéro à Vienne sur Beethoven. Je ne sais pas pourquoi ça ne s'est pas fait. Nous sommes finalement restés sur notre case. Je pense que ce serait chouette de faire des primes événementiels. Les téléspectateurs me le demandent sur les réseaux sociaux. Nous pourrions faire des primes autour d'un artiste ou d'un événement, ce serait une très bonne idée.

Aimeriez-vous animer un autre format sur Arte ? Je n'y ai pas pensé. Pour l'instant, je ne suis pas lasse. Ensuite, Arte, c'est une chaîne de coeur. France 5 et Arte sont mes chaînes préférées. En soi, oui, pourquoi pas un autre programme. Mais une émission avec de l'interview ! Une sorte de "Grand échiquier" sur Arte ! Ce serait cool ! La culture, c'est mon truc. Mais Jacques Chancel est à un tel niveau. J'ai beaucoup aimé ce qui a été fait sur France Télévisions. Les audiences ont été plus ou moins fortes. Mais j'aime beaucoup l'idée de réunir des univers complètement différents. Jacques Chancel était tellement un monstre que passer derrière, c'était compliqué.

*"Invitation au voyage" est un magazine produit par Elephant, entreprise détenue par Webedia, société éditrice de puremedias.com.

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