Affaire Morandini : Ce que la justice reproche à l'animateur de CNews avant le jugement attendu ce lundi 5 décembre

Affaire Morandini : Ce que la justice reproche à l'animateur de CNews avant le jugement attendu ce lundi 5 décembreJean-Marc Morandini fait ses adieux à NRJ 12 © Abaca

, publié le 4 décembre 2022

Le 24 octobre, le journaliste de CNews avait été interrogé par le tribunal correctionnel de Paris, notamment pour des faits tombant sous le coup de la corruption de mineurs.

Il ne s'agit pas du sommaire de "Crimes" qu'il continue de produire sur NRJ 12. Notamment accusé de "corruption de mineurs", l'animateur de CNews, Jean-Marc Morandini, sera fixé sur son sort, demain, lundi 5 décembre. Le 24 octobre, un an de prison avec sursis avait été requis par le tribunal correctionnel de Paris contre le journaliste. Que lui est-il reproché ?

Des messages autour de pratiques sexuelles envoyés à des ados

Parmi les éléments à la disposition de la justice, des échanges avec trois mineurs. L'animateur est accusé d'avoir envoyé des messages à deux jeunes de 15 ans, en 2013 et en 2015-2016, qui consistaient pour l'un à évoquer des scénarios sexuels et, pour le second, à lui demander d'envoyer une photo de lui dénudé. Face au tribunal correctionnel, l'animateur star de CNews a également comparu pour avoir, en 2009, fait passer un casting à un jeune de 16 ans pendant lequel il lui aurait demandé de se dénuder et de se masturber.

Face ces accusations, relate l'AFP, présente au procès, Jean-Marc Morandini, 57 ans, a tour à tour plaidé "l'humour", ou "l'imprudence" et récusé toute "attirance particulière" pour les mineurs. L'argument n'a pas convaincu le ministère public, qui a requis un an d'emprisonnement avec sursis et une obligation de soins. "Ce n'est pas une imprudence d'avoir des échanges sexualisés avec des mineurs, c'est un délit", a affirmé le procureur Aurélien Brouillet, s'alarmant de l'absence de "prise de conscience" du prévenu.

Plaidant la relaxe, les avocates de l'animateur ont, elles, fustigé un dossier bâti sur des "déclarations très fluctuantes" et parasité par "un lynchage médiatique". "Il n'y a pas eu d'intention de pervertir la sexualité" des plaignants, a estimé Me Céline Lasek.

Demandes répétées à un ado de photos de lui dénudé

Jean-Marc Morandini a conversé avec Romuald (tous les prénoms ont été modifiés). Fan de l'animateur de NRJ 12, le jeune homme de 15 ans l'a ajouté sur Twitter en 2013. Très vite, les pratiques sexuelles de l'adolescent seront au coeur des conversations. "Mdr tu es si coquin derrière ton air sage", "est-ce que tu bandes ?" sont quelques-uns des messages écrits par l'animateur, lus à l'audience. Quand JMM y voit un "jeu de séduction" avec un jeune homme dont il dit ignorer l'âge et qui a, depuis, retiré sa plainte, la présidente s'étonne de signaux négligés par le prévenu, notamment quand Romuald interrompt une conversation parce que sa "mère doit lui faire réciter son (cours d') histoire".

Pour ce qui est d'une autre série de messages échangés avec Simon en 2015-2016, Jean-Marc Morandini, qui avait connaissance de son âge, plaide cette fois l'humour. L'animateur lui demandera, en vain pendant des mois, une photo de lui dénudé. "Il a 15 ans, monsieur Morandini", s'est étonnée la présidente. A la barre, le plaignant a réfuté la thèse de l'humour défendue par JMM. "Je voulais travailler dans le milieu des médias, c'était la seule porte que j'avais".

Vient alors le cas de Clément. En 2009, cet adolescent de 16 ans est inscrit sur un site de casting et reçoit un mail d'une certaine Claire, derrière laquelle se cache Jean-Marc Morandini. On lui fait miroiter un rôle pour un remake de "Ken Park", un film mettant en scène des relations sexuelles entre adolescents. Selon son récit, Clément se rend au domicile de Jean-Marc Morandini où l'animateur le conduit à se dénuder et lui demande de se masturber, ce qu'il refusera avant de claquer la porte.

Une présence de Jean-Marc Morandini à l'antenne contestée par la rédaction de i-Télé devenue CNews

Après la révélation des pratiques de Jean-Marc Morandini dans "Les Inrockptibles" au coeur de l'été 2016, sa présence à l'antenne d'i-Télé à la rentrée en octobre 2016 a été l'un des nombreux motifs - outre la demande de garantie d'indépendance de la chaîne et la définition d'un projet stratégique et éditorial clair et précis - de la grève historique de 31 jours menée par les journalistes de la chaîne d'information du groupe Canal+, dont Vincent Bolloré venait de prendre les rênes.

Depuis, Jean-Marc Morandini a non seulement été conservée à l'antenne mais était soutenu par sa direction avant l'ouverture de ce procès. "Tant que les gens ne sont pas déclarés coupables, ils sont considérés comme innocents. Ça s'appelle la présomption d'innocence. Jean-Marc a toute notre confiance", affirmait Serge Nedjar au mois de juillet. Interrogé par sur ce qu'il adviendra si son animateur est condamné, le responsable du canal 16 avait botté en touche : "Pour l'instant, il est considéré comme innocent donc nous ne nous posons pas la question".Un second procès attend Jean-Marc Morandini pour le "harcèlement sexuel" d'un comédien, majeur, dans le cadre d'un casting, en 2016, pour une web-série érotique, appelée "Les faucons". S'agissant du volet "harcèlement sexuel", Jean-Marc Morandini est accusé d'avoir créé un personnage fictif nommé Catherine Leclerc, qui incitait un jeune acteur à "toujours repousser ses limites dans l'acte de nature sexuelle, sous le prétexte allégué de travailler sa posture de comédien", selon la juge d'instruction. La date de ce second procès n'est pas encore connue.

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