Adil Rami : "Didier Deschamps ne m'a pas pris parce que j'avais déjà signé avec TF1"

Adil Rami : "Didier Deschamps ne m'a pas pris parce que j'avais déjà signé avec TF1"Bande-annonce de la Coupe du monde de football sur TF1 © Thomas Braut / TF1

, publié le 16 novembre 2022

Dans la cadre de la série "La sélection de Puremédias", Adil Rami, joueur de Troyes et futur consultant sportif sur TF1, nous a accordé un entretien.

Le champion du monde 2018 fait ses premiers pas à la télévision ! Dans quelques jours, la Coupe du monde de football donnera son coup d'envoi au Qatar. A cette occasion, puremedias.com propose tout au long de la semaine une série d'entretiens, baptisée "La sélection de Puremédias". Plusieurs anciens joueurs de football ont accepté de se plier à l'exercice de l'interview afin d'évoquer le rendez-vous sportif, mais également donner leur vision du métier de consultant sportif.

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Quatre ans après avoir remporté la Coupe du monde de football - sans avoir joué une seule minute ! -, Adil Rami fera ses premiers pas à la télévision en tant que consultant sportif. Celui qui est connu pour amuser la galerie rejoint la bande de Denis Brogniart pour "Le mag de la Coupe du monde", émission qui viendra encadrer la diffusion des matchs de football sur TF1. Celui qui joue encore au club de Troyes a accordé un entretien avec puremedias.com pour évoquer cette nouvelle expérience et présenter sa vision de la presse. Le tout sans langue de bois !

Propos recueillis par Florian Guadalupe.

Partie Coupe du monde

puremedias.com : Quel est votre meilleur souvenir d'une Coupe du monde de football devant la télévision ? Adil Rami : Mon plus beau souvenir, c'était en 1998 avec les buts de Zidane et Petit en finale. Mais le plus beau des souvenirs, c'est le regroupement avec les enfants du quartier. On courait partout et on envoyait des pétards. On voulait fêter tout ça ! C'est un moment où on était super heureux.

"J'ai presque eu l'impression d'avoir fait du mal à ma mère"- Adil RamiQuel est votre pire souvenir ? Le pire souvenir ? C'est certainement le plus touchant. C'est quand ma maman était devant la télévision en 2010 lors de l'annonce de la liste des Bleus pour la Coupe du monde en Afrique du Sud. Elle n'arrêtait pas de croire et de rêver que je sois appelé. Elle voulait vraiment que je sois choisi pour y aller. Elle a eu beaucoup de peine quand Raymond Domenech ne m'avait pas pris. J'ai vu le visage de ma mère se décomposer et les larmes aux yeux. J'ai presque eu l'impression d'avoir fait du mal à ma mère. Ca m'avait marqué.

Quelle sera la nation surprise de cette Coupe du monde ? Je ne connais pas toutes les équipes, mais j'espère que la France et le Maroc passeront les poules. Mais je ne sais pas du tout quelle nation va créer la surprise. Mais si la France passe les poules - je ne suis pas pessimiste, hein -, ça peut déjà être une surprise. Il y a toutes ces histoires de malédiction du champion du monde où le tenant du titre ne parvient jamais à passer les poules. Ca, ça fait peur !

"Cette équipe de France est plus qu'attendue"- Adil RamiQuel joueur va faire rêver les téléspectateurs durant la compétition ? Kylian Mbappé, Karim Benzema et Neymar. Ces joueurs de grande classe. C'est eux qu'on a envie de voir survoler la Coupe du monde ! Faire des dingueries et des folies !

Pensez-vous que l'équipe de France peut à nouveau gagner la Coupe du monde ? Evidemment qu'ils le peuvent. Mais aujourd'hui - je le dis avec beaucoup de respect -, si les Bleus gagnent cette Coupe du monde, ils devront passer par un parcours très compliqué. Ce serait la Coupe du monde la plus méritante que l'on pourrait avoir. Cette équipe de France est plus qu'attendue. Quand on va se retrouver entre amis avec la bière, les pizzas - cette ambiance PMU -, on discute. On se dit : "L'équipe de France est belle avec Kylian Mbappé et Karim Benzema le ballon d'Or". Mais le problème, c'est que cette stature de tenant du titre, avec dans son effectif le ballon d'Or, ça multiplie les motivations des équipes adverses. Tout le monde veut jouer contre Kylian Mbappé et Karim Benzema aujourd'hui. Tout le monde va se surmotiver pour les arrêter. La concentration d'un joueur n'est pas la même. Je l'ai connu ! Quand j'ai joué contre Messi et Ronaldo, j'étais le plus heureux. Ma concentration a changé. J'étais surexcité et je voulais me mesurer à eux. Aujourd'hui, c'est ce qui va se passer avec l'équipe de France.

"Il y a beaucoup de gens qui rêvent de bosser pour de grandes chaînes comme TF1"- Adil Rami

Partie médias

Vous allez faire vos premiers pas en tant que consultant sur TF1. Comment préparez-vous cette Coupe du monde ? Je ne me prépare pas ! (rires) Je ne connais pas le métier. J'ai la chance d'être avec une équipe sur TF1 où je suis plutôt à l'aise. Je suis avec Rio Mavuba que je connais depuis très longtemps. (Ils ont joué ensemble à Lille, ndlr) Je suis aussi avec Denis Brogniart, qui me rassure chaque jour. Aujourd'hui, je suis en vacances. (Les clubs de Ligue 1 font une trêve pendant la Coupe du monde, ndlr) On me demande d'être moi. Je connais le football. Grâce à Dieu, ça fait bientôt 17 ans que je suis professionnel. J'ai connu l'équipe de France. J'ai connu la compétition. J'ai fait deux Euros et une Coupe du monde. Je sais exactement ce que les joueurs ressentent avant, pendant et après un match. Avec moi, on peut parler tactique. C'est une facette que les gens ne connaissent pas, mais je m'y connais très bien en tactique. J'aime le football. C'est ma passion. J'aime être naturel. Evidemment, je ne suis pas aujourd'hui consultant à 100%, parce que je ne connais pas ce métier. Ca va être une grande première ! Tout ce que je sais, c'est que je vais être naturel et je vais prendre du plaisir.

Et surtout, il y a quatre ans, vous souleviez la Coupe du monde. Aujourd'hui, vous allez la commenter. C'est magnifique ! J'ai bientôt 37 ans. Aujourd'hui, je me rends compte que pendant ma carrière, j'ai fait des choses et j'ai tenu des discours. J'ai su m'amuser avec les médias. Je récolte ce que j'ai semé, avec ma spontanéité. Il y a beaucoup de gens qui rêvent de bosser pour de grandes chaînes comme TF1. J'ai la chance, par mon parcours, d'avoir la possibilité d'être sur ce terrain-là. Ce qui est bien, c'est que j'ai gagné la Coupe du monde ! Être là, sur TF1, à commenter, je n'ai aucune frustration ! Je suis le plus heureux. Si je n'avais pas gagné, je me remettrais en question. Je me dirais : "J'ai pris le mauvais train et le mauvais wagon". Mais aujourd'hui, j'ai la tête sur les épaules. A 37 ans, avec tout ce que j'ai eu en pépin physique, je suis content de voir ces jeunes-là sur le terrain. Il faut qu'ils kiffent et qu'ils vivent ce que j'ai vécu.

"Je faisais tellement attention face aux médias que je disais des conneries"- Adil RamiToutes les problématiques liées au Qatar vont-elles impacter la manière d'aborder cette compétition ? Franchement, moi, je survole les problèmes. Je les entends. Mais j'évite les polémiques que je ne maîtrise pas. Sur ces sujets-là, pour parler, il faut maîtriser. Moi, malheureusement, je sais que tous ces problèmes autour de la Coupe du monde, ce sont des choses que je ne maîtrise pas parfaitement. En plus, ce sont des sujets qui auraient certainement dû être abordés bien avant. Ca fait quand même près de dix ans qu'on aurait pu éviter tout ça. Aujourd'hui, c'est un peu trop tard. Il est vrai que cette Coupe du monde a une odeur et une image différentes des autres. Elle est salie par toutes ces histoires. Il y a encore quelques jours, on a appris cette histoire de supporters qui ont été payés pour soutenir des nations. Ca dénaturalise le football. Le football, ce n'est pas ça. Maintenant, je suis sincère, je n'ai pas lu tous les sujets. Je suis comme tout le monde, je dis que c'est dommage. Mais il faut des mecs avec une certaine diplomatie pour parler de ces sujets.

Vous êtes encore joueur professionnel. Quelle est votre vision de la presse ? Il y a toute une chronologie dans ma relation avec la presse. Je suis arrivé un peu tard dans le monde du football. J'avais une idée du footballeur. Celle du footballeur de l'image, comme David Beckham. Tu arrives face aux médias. Tu fais des photos. T'es bien. T'es avec ta copine. Tu la montres. Tout le monde kiffe sur elle. Tu as des flashs partout. T'es proche des médias. Tu t'amuses avec eux. C'était ça mon idée du footballeur, dans sa relation avec la presse. Moi, quand j'ai commencé ma carrière professionnelle, j'étais gentil avec tout le monde. Je montais en puissance. Quand j'ai connu ma première crise et mon premier coup de moins bien sur le terrain, j'ai vu finalement que je n'avais pas d'amis dans les médias. Je me suis dit : "Quelle bande de bâtards !". Alors, j'ai arrêté de leur parler. Mais ce n'était pas non plus la bonne solution. Aujourd'hui, j'ai appris. La meilleure chose à faire, qui correspond le mieux à mon tempérament et à mon caractère, c'est de m'adapter et de m'amuser avec les médias. Pour moi, c'est faire preuve d'intelligence. A présent, les médias, je leur parle. Chaque question, j'essaye de l'analyser et d'avoir une bonne répartie. Mais tout le monde ne voit pas les médias comme ça aujourd'hui. On est tous différents. Moi, j'essaye de le prendre avec beaucoup d'humour et j'en profite.

Comment un joueur de football parvient-il à faire face à la pression médiatique ? Sincèrement, je ne sais pas. On n'ose pas peut-être être soi-même. On est peut-être un peu trop formaté. Un jour, - je devais avoir 26 ans -, j'ai appelé ma maman et ma soeur. Ma mère m'a dit : "Fais attention à ce que tu dis. Les médias ne vont pas te louper". Moi, je faisais attention à ce que je disais. Mais je faisais tellement attention que je disais des conneries. Alors, j'ai dit à ma maman : "J'en ai marre de faire attention à tout ce que je dis. A partir d'aujourd'hui, ne sois pas étonnée, je vais être naturel. Je serai comme tu me connais. Et si tu vois que les médias me prennent pour un con, je leur dirai qu'ils me prennent pour un con et que je n'aime pas ça". Depuis, je n'ai pas lâché cette ligne. Ma famille le comprend. C'est comme ça que j'arrive à avoir un discours non formaté. Tout le monde me connaît maintenant. Je n'ai plus aucun secret pour personne. (rires)

Vous vous êtes d'ailleurs bien amusé avec votre vidéo sur Tiktok concernant l'annonce de la liste de Didier Deschamps, avec en fond la chanson de Khaled, "Aïcha". C'était drôle ! (rires) Le pire, c'est que j'ai parlé avec Didier. Il m'a même chambré en me disant : "Adil, dommage, je ne peux plus te prendre parce que j'ai vu que t'avais signé avec TF1". Moi, j'ai rigolé. Mais il y a des personnes, en voyant la vidéo sur Tiktok, qui ont vraiment pensé que j'avais vraiment envie d'être dans le groupe. (il réfléchit) L'envie, oui. S'il m'avait vraiment appelé, je l'aurais fait, mais c'est impossible. Il y a d'excellents défenseurs aujourd'hui. On est des millions de centraux français. On est l'un des plus grands éventails de choix de joueurs dans le monde. Je suis conscient. Et je suis super content pour eux !

"'Danse avec les stars' ? Ca pourrait m'intéresser"- Adil RamiA présent, savez-vous ce que vous ferez après votre retraite professionnelle ? Avez-vous envie de continuer en tant que consultant ? Dans ma tête, ça va dans tous les sens. Je ne sais pas où je vais. J'ai la chance d'avoir des possibilités et d'aimer tout ce que je peux faire. Il faut que je me pose pour savoir où je vais habiter, entre Paris, Los Angeles et Dubaï. Je n'ai pas peur non plus de commenter les matchs aux Etats-Unis et de parler espagnol. Il faut savoir que la Coupe du monde 2026 sera aux Etats-Unis, au Mexique et au Canada. Je n'ai peur de rien.

Et avez-vous l'envie d'être de collaborer avec la télévision dans des programmes non-footballistiques ? Participer à "Danse avec les stars", par exemple ? Oui ! Ca dépend quelle émission et quelle télé-réalité. Mais "Danse avec les stars", ça pourrait m'intéresser. Pas dans l'immédiat. Je veux quelque chose de stable et fort. Aujourd'hui, TF1 me correspond très bien. Ensuite, faire des émissions pour rigoler, ce sont des petits bonus. Avec l'âge, je dois prendre de la maturité. Je ne peux pas tout accepter et n'importe quoi. Et j'ai commencé un tout petit peu à faire des choix.

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