Croque-monsieur : la petite histoire de ce sandwich parisien emblématique

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Ce petit sandwich croustillant, imposé dans la cuisine familiale au cours du XXème siècle, a un passé à raconter.
Ce petit sandwich croustillant, imposé dans la cuisine familiale au cours du XXème siècle, a un passé à raconter.
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Incontournable des brasseries françaises, le croque-monsieur est le grand favori des gourmets pressés. Ce plat traditionnel est non seulement rapide à confectionner mais aussi très goûteux. Cerise sur le gâteau, son histoire ne manque pas de mordant !

Ce petit sandwich croustillant, imposé dans la cuisine familiale au cours du XXème siècle, a un passé à raconter. Le mets parisien, ou du moins l'évocation de sa recette, apparaît pour la première fois en 1891 dans La Revue athlétique. Dans les archives de l'hebdomadaire, quelques lignes dressent le portrait de ce délice : "Vite le pain à toast, le beurre, le fromage de gruyère, le jambon, un peu de poivre de Cayenne et à l'oeuvre. L'un coupe, l'autre beurre, le troisième réunit le tout en sandwichs que Vincent fait sauter dans la poêle. Ils sont exquis, les croque-monsieur, un peu gros peut-être, faits pour des mâchoires de géants, mais qu'importe. On en mange, on y revient, on s'extasie." Pourtant, l'histoire la plus répandue sur ses origines date de dix ans plus tard. L'historien des mots René Girard relate cette théorie des plus originales dans son ouvrage "Histoire des mots de la cuisine française".

Un plat de cannibales ?

Sur le boulevard des Capucines à Paris, le bistrot Le Bel Âge fait le plein et suscite de la jalousie. Une rumeur, jamais expliquée mais persistante, est propagée, sûrement par ses concurrents, sur le gérant. Michel Lunarca n'aimerait pas seulement la bonne nourriture mais aussi la chair humaine. Les accusations viennent jusqu'aux oreilles du prétendu sanguinaire. Un midi, l'homme se retrouve sans baguette pour élaborer ses casse-croûtes. Il toaste du pain de mie, y glisse du jambon et du fromage puis le sert à un client. Ce dernier, soucieux de cette forme de sandwich, demande au propriétaire ce que la préparation contient. Le propriétaire soi-disant cannibale aurait alors eu cette réponse pleine d'humour qui fait la légende : "De la viande de monsieur !" La boutade fait rire aux éclats les consommateurs et le nom "croque-monsieur" est inscrit, dans la foulée, à la carte.

Le succès est immédiat. La haute société se montre gourmande de cette proposition culinaire effectuée avec un minimum d'ingrédients. Le croque-monsieur est à la mode comme en témoigne Marcel Proust dans son livre "À l'ombre des jeunes filles en fleurs" (1919) : "Or, en sortant du concert (...) nous nous étions arrêtés pour échanger quelques mots avec Mme de Villeparisis qui nous annonçait qu'elle avait commandé pour nous à l'hôtel des croque-monsieur et des oeufs à la crème (...)." En 1966, le plat chaud est défini par les membres de l'Académie Française pour être inscrit à la huitième édition de son dictionnaire.

L'aventure se poursuit sans accrocs pour le croque-monsieur

Aujourd'hui, il demeure la star des tables tricolores tout en ayant maintenant sa renommée internationale. Le combo pain de mie/fromage/jambon se décline dorénavant avec d'autres aliments : le provençal avec des tomates, l'auvergnat avec du bleu, le norvégien avec du saumon et tant d'autres recettes ! Le croque-madame est, lui, un croque-monsieur simplement habillé d'un chapeau de dame : un oeuf au plat. Ce repas, réinventé anachroniquement par la série "Kaamelott" dans la saison 2, était aussi le préféré d'Elvis Presley qui a pensé une version bien personnalisée. Le King raffolait du croque-monsieur au beurre et cacahuètes et à la banane. À tester... ou pas !

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