Choisir le sexe de son enfant : la promesse d'une nouvelle appli controversée

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Choisir le sexe de son bébé : c'est ce que propose l'application MyBuBelly.
Choisir le sexe de son bébé : c'est ce que propose l'application MyBuBelly.
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© iStock, Rawpixel

Fondée en 2017, MyBuBelly promet aux femmes qui le désirent de tomber enceinte, au choix, d'une fille ou d'un garçon, et ce grâce à un coaching et une box personnalisés. Un programme payant qui reste controversé car non validé scientifiquement...

Nombreux sont les couples qui aimeraient pouvoir choisir le sexe de leur futur bébé. L'application française MyBuBelly, créée par Sandra Ifrah, a entendu leurs souhaits. "MyBuBelly est le seul coaching personnalisé qui vous aide à avoir un petit garçon ou une petite fille (...) grâce à un accompagnement naturel et humain sur mesure, élaboré avec des professionnels de santé", promet-elle, revendiquant un taux de réussite de 90%.

Un programme en deux temps

De son propre aveu, la fondatrice de MyBuBelly - qui assure avoir elle-même eu recours à ce programme - confiait à BFMTV début 2019 : "Nous n'avons rien inventé. Nous avons simplement modernisé des méthodes vieilles de plusieurs dizaines d'années." Derrière le "nous" se cache un conseil scientifique constitué de plusieurs "experts" : nutritionnistes, gynécologues, psychanalystes, naturopathes, neuropsychologues, docteurs en pharmacie ou encore sophrologues.

Ensemble, ils ont mis au point un programme dont la première phase consiste à ajuster le niveau d'acidité du vagin (pH) grâce à un régime alimentaire spécifique, que les futurs parents désirent une fille (les produits laitiers, le chou, les oeufs ou les pâtes sont à privilégier tandis que le pain, les aliments salés ou la charcuterie sont à bannir) ou un garçon (consommer plutôt du poisson, des bananes, des oignons, des carottes et des plats salés et oublier le riz complet, les produits laitiers, les noix ou les haricots). Une formule théorisée par le gynécologue François Papa dans les années 1980, visant à faciliter ou non le déplacement des spermatozoïdes porteurs du chromosome X ou Y dans le vagin.

Seconde phase : choisir la date de conception et de ce fait programmer les rapports sexuels. Une méthode basée sur les travaux du biologiste américain Landrum B. Shettles datant des années 1960, qui laissent entendre que pour avoir une fille, il faudrait avoir des rapports juste avant la période d'ovulation et les stopper lorsque le test d'ovulation est positif, tandis que pour avoir un garçon, les rapports doivent survenir pendant les trois premiers jours de l'ovulation.

Une méthode critiquée par une partie de la profession

"Je n'y crois pas une seconde", lançait au Parisien, début 2019, la gynécologue Joëlle Belaisch-Allart. Elle n'est pas la seule à émettre de sérieux doutes quant à l'efficacité de ces méthodes. "Il est certes possible de modifier légèrement le pH vaginal avec l'alimentation, mais personne n'a jamais pu prouver que cela avait une influence sur la détermination du sexe de l'enfant à naître", assurait de son côté au Figaro le gynécologue Bernard Hédon, avant de préciser : "Le ciblage de l'ovulation n'a aucun impact sur le sexe de l'enfant."

Ces dires, la fondatrice préfère ne pas les relever. "Les médecins qui n'y croient pas sont de la vieille école. Aujourd'hui, ce n'est pas politiquement correct de dire que l'on veut choisir le sexe de son enfant", assurait-elle à BFMTV.

Quand bien même, le chiffre avancé de 90% de réussite reste contestable aux yeux de certains. C'est le cas de Hervé Chneiweiss, président du comité d'Éthique de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale. "Toute méthode qui n'est pas démontrée scientifiquement est critiquable, d'autant plus si on utilise la crédulité des gens. C'est tout à fait abusif et malhonnête", se désolait-il au Figaro.

Un programme coûteux

Controversée, l'application semble pourtant séduire de nombreuses femmes. "Depuis juin (date de la sortie du livre 'Avoir un garçon/avoir une fille, la liberté de choisir !', écrit par ses soins, ndlr), nous avons entre 100 et 150 nouveaux membres chaque mois", confiait Sandra Ifrah au Figaro en janvier 2019.

Les clientes doivent dépenser 149 euros par mois, or offres spéciales. Un tarif réduit à 99 euros à partir du sixième mois d'utilisation. Mais sachant que la durée moyenne pour concevoir un enfant est de 6 mois, ce sont près de 1 000 euros que les femmes doivent consacrer pour tenter d'influer sur le sexe de leur futur enfant. Or, les "résultats (n'étant) pas garantis à 100%" selon l'entreprise, un tel investissement peut faire peur. Raison pour laquelle, selon certaines conditions, cette dernière s'engage à rembourser (partiellement) les frais engagés en cas d'échec.

Des techniques existent... mais peu éthiques

Comme le précise à juste titre Le Figaro, "il n'existe actuellement que deux méthodes fiables pour choisir le sexe d'un bébé : le tri des spermatozoïdes par cytométrie de flux et le tri des embryons par diagnostic préimplantatoire". Si leurs taux d'efficacité est compris entre 80 et 100%, la première technique est "interdite en France" et la seconde est "strictement limitée à la prévention de maladies génétiques graves et incurables", selon le Pr Hédon.

Aussi, peut-être vaut-il mieux laisser (bien) faire le hasard...

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