Pourquoi certains Français continuent-ils de travailler même malades ?

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48% des Français ont déjà travaillé en étant malades.
48% des Français ont déjà travaillé en étant malades.
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© Adobe Stock, Andrey Popov

Marine de Guilhermier

En France, depuis quelques années, les employés malades refusent de plus en plus de se faire arrêter - ou même de voir un médecin -, préférant aller travailler coûte que coûte. Un phénomène appelé le "surprésentéisme" qui s'explique par plusieurs raisons dont, notamment, la peur d'être mal vu par sa hiérarchie ou ses collègues.

Vous est-il déjà arrivé d'aller travailler avec un gros rhume, voire une gastro ou une grippe carabinée ? Si oui, sachez que vous êtes loin d'être la seule à mettre vos douleurs de côté pour ce que vous pensez être le bien de votre entreprise puisque, selon une étude de 2010 de la Fondation européenne pour l'amélioration des conditions de vie et de travail, 48% des Français se rendent au moins une fois dans l'année au travail malades. C'est ce qu'on appelle le surprésentéisme, à ne pas confondre avec le présentéisme. En 2013, le sociologue Denis Monneuse - auteur d'un livre sur le sujet - expliquait la différence à Terrafemina : "Le présentéisme est une notion fourre-tout qui peut prendre plusieurs formes : il peut être contemplatif - être présent physiquement au travail mais occupé à faire autre chose -, ou compétitif - pour se faire bien voir de son patron et de ses collègues. Le surprésentéisme consiste, lui, à travailler alors qu'un arrêt de travail aurait été légitime eu égard à son état de santé dégradé." Et la France fait partie des pays européens les plus touchés par ce phénomène.

La peur d'être mal vu et des conséquences

Si beaucoup de Français préfèrent ne pas aller voir de médecin, ou bien refusent de se faire arrêter (selon une étude publiée par Malakoff Médéric en novembre 2018, sur 2 010 salariés du secteur privé, 42% se sont vus prescrire un arrêt maladie l'an dernier et 23% ont décidé ne pas le respecter, contre 19% en 2016), c'est notamment par peur d'être mal vu. D'une part par sa hiérarchie - "Beaucoup ont peur de perdre leur emploi, ou de se faire remplacer par quelqu'un de plus jeune, en meilleure forme. (...) Dans notre société, c'est la voix du manager, de la hiérarchie qui compte", assurait la psychologue Sophie Maretto à Europe 1 en novembre - et d'autre part par ses collègues. Au sein de petites équipes notamment, une absence accroît la charge de travail des autres membres, ce qui peut entraîner un sentiment de culpabilité pour le salarié malade ou de ressentiment de la part des autres. À noter également, le délai de carence de trois jours avant de percevoir des indemnités journalières en cas d'arrêt appliqué dans certaines entreprises, qui peut dissuader les employés. Enfin, beaucoup de Français préfèrent aller travailler malades par crainte d'avoir une charge de travail trop élevée en revenant d'un arrêt.

Une fausse bonne idée

Malgré cela, venir travailler malade n'a rien d'une bonne idée ! Comme l'expliquait David Spencer, professeur d'économie à l'université de Leeds (Royaume-Uni), à Ouest France en octobre dernier, "cela conduit à de mauvaises performances car les salariés travaillent en deçà de leurs capacités". Ce qui, au final, fait généralement plus perdre d'argent aux entreprises qu'une absence. Et d'ajouter : "Les salariés qui travaillent alors qu'ils sont malades courent le risque d'avoir des problèmes de santé plus importants." Sans compter, bien sûr, la possibilité de contaminer ses collègues...

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