Misophonie : pourquoi certains bruits nous irritent ?

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Un buveur bruyant pourra irriter au plus au point une personne atteinte de misophonie.
Un buveur bruyant pourra irriter au plus au point une personne atteinte de misophonie.
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© iStock, SDI Productions

Marine de Guilhermier

S'il y a des bruits qui irritent la majorité des gens, comme ceux de craies crissant sur un tableau noir, d'autres bruits du quotidien, à l'instar des clics de souris, peuvent paraître anodins pour certains, alors qu'ils agacent très (très) fortement d'autres. C'est votre cas ? Alors vous êtes sûrement atteinte de misophonie.

Littéralement la haine des sons, la misophonie est un trouble peu étudié qui peut pourtant rendre la vie infernale aux individus qui en souffrent. Pour eux, les bruits de mastication, de clavier d'ordinateur ou encore de reniflements peuvent devenir insupportables au point de leur provoquer des crises d'angoisse ou de colère voire des pulsions d'agressivité. Le médecin généraliste et spécialiste ORL à l'hôpital Georges-Pompidou de Paris, Philippe Peignard, cité par Madame Figaro, précise ainsi : "Les bruits organiques, comme le raclement de gorge ou les bruits de bouche, ne sont agréables pour personne mais pour les misophones c'est une véritable torture."

Une activité cérébrale anormale

Mais si les sévères réactions aversives que provoque la misophonie chez les personnes qui en souffrent ont longtemps été quelque peu mystérieuses, des chercheurs de l'université de Newcastle en Angleterre ont récemment tenté de trouver l'origine de ce trouble. Leur étude, publiée en février 2017 dans la revue scientifique Current Biology, conclut à une présence supérieure à la moyenne de myéline (soit la substance qui sert à isoler et protéger les fibres nerveuses) dans le lobe frontal du cerveau des individus atteints. Cette présence anormale permettrait aux transmissions de messages entre neurones d'être optimisées et c'est ce qui ferait que les misophones perçoivent des bruit de façon plus intense et précise que les autres.

L'étude a également mis en lumière une hyperactivité de la partie du cerveau gérant l'attention et la concentration, d'où le fait qu'en entendant un bruit qui le crispe, un misophone ne peut l'ignorer, et au contraire, se focalise dessus au point de déclencher des réactions incontrôlables.

À la recherche de solutions

La misophonie pouvant aller jusqu'à provoquer des envies de meurtres, comme le confiait une certaine Sarah à L'Express en 2017, les personnes touchées se doivent de trouver des moyens pour éviter les crises. "Je me souviens très clairement à 15 ans avoir eu envie de planter ma fourchette dans l'oeil de mon frère alors qu'il mangeait des tranches d'ananas. Le bruit qu'il faisait avec sa bouche en aspirant le jus me rendait littéralement folle. J'avais quitté la table précipitamment, n'y tenant plus", racontait alors la jeune femme. La fuite est donc l'une des solutions - la plus radicale - qu'utilisent les misophones. Mais ils peuvent aussi user et abuser de bouchons d'oreilles ou d'écouteurs poussés à fond.

Et s'il n'existe pas encore de traitement pour éviter que les misophones ressentent aussi intensément les bruits parasites, des spécialistes proposent d'atténuer leurs réactions grâce à des thérapies cognitivo-comportementales. "Ce sont des traitements sur l'acceptation, on demande aux personnes de porter l'attention sur elles-mêmes et moins à l'extérieur. Cela permet de baisser l'hypervigilance et l'hypersensibilité", expliquait à leurs propos le Dr Peignard à Madame Figaro.

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