Manger bio réduit-il les risques de cancer ?

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Les consommateurs de produits bio auraient un profil "prédéfini" selon les auteurs de l'étude.
Les consommateurs de produits bio auraient un profil "prédéfini" selon les auteurs de l'étude.
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© iStock, Steve Debenport

Marine Cournede

Au cours d'une étude réalisée sur près de 70 000 personnes, des chercheurs ont décelé 25% de cancers en moins chez les personnes mangeant bio. Mais peut-on en conclure que l'alimentation biologique réduit les risques de cancer ?

"Manger bio réduit bien les risques de cancer". Voilà l'information relayée par de nombreux médias depuis le 22 octobre 2018, après la publication d'une étude réalisée par des chercheurs de l'INRA (L'Institut national de la recherche agronomique) dans la revue scientifique américaine JAMA.

De 2009 à 2016, des chercheurs ont suivi un (gros) groupe de 69 000 Français (majoritairement des femmes), et leur ont demandé diverses informations sur leur mode de vie, y compris leurs habitudes alimentaires, comme la quantité de produits bio qu'ils consommaient. À la fin de cette étude, on apprend que ceux qui avaient une alimentation composée en grande partie de produits biologiques avaient 25% de risques en moins d'avoir un cancer. Un résultat qui ne doit pas mener à des conclusions hâtives selon les auteurs de l'étude, qui précisent qu'il ne s'agit pas en soi d'une preuve absolue pour incriminer les pesticides, bien que d'autres travaux pointent dans cette direction.

Manger bio implique d'autres facteurs que l'absence de pesticides

Sur les sept ans pendant lesquels a été menée l'étude, 1 340 sujets ont développé un cancer et au global, ceux qui mangeaient beaucoup de produits issus de l'agriculture biologique ont été moins touchés que ceux qui ne mangeaient pas du tout de produits bio. Mais les auteurs de l'article alertent sur le fait que manger bio regroupe d'autres facteurs, d'après les cas observés. En effet, les consommateurs de bio sont aussi souvent moins fumeurs, moins en surpoids, ont moins d'antécédents familiaux et plus de diplômes. Ainsi, les chercheurs semblent rapporter l'existence de profils "prédéfinis" dont la consommation de bio ne serait qu'un facteur parmi d'autres, raison pour laquelle ils ne souhaitent pas faire de raccourci en disant que "le bio réduit le cancer". Ils encouragent par ailleurs à ne pas cesser la consommation de fruits et légumes en invoquant le prétexte de "la présence de pesticides".

Un possible lien qui nécessite d'être creusé

Si les chercheurs refusent d'établir un lien absolu entre pesticides et cancer, ils avancent tout de même des hypothèses mettant en lumière une possible corrélation. "Pour expliquer ces résultats, l'hypothèse de la présence de résidus de pesticides synthétiques bien plus fréquente et à des doses plus élevées dans les aliments issus de l'agriculture conventionnelle comparés aux aliments bio est la plus probable", explique Emmanuelle Kesse-Guyot, chercheuse à l'INRA et coauteure de ces travaux, dans l'étude publiée. Le journal Le Monde rappelle également dans un article paru quelques heures après l'étude, le 22 octobre, que les types de cancers qui diminuent avec une alimentation bio sont étrangement les mêmes qui semblent augmenter chez les agriculteurs exposés aux pesticides.

Mais selon Emmanuelle Kesse-Guyot, le lien de causalité entre cancer et pesticides ne peut pas être établi par cette seule étude. "Il faudra beaucoup d'études avec des résultats répliqués dans d'autres situations pour aboutir à un consensus scientifique", déclare la coauteure de l'étude avant de conclure : "Si le nombre d'études augmente et qu'on arrive de mieux en mieux à caractériser les risques associés à des résidus de pesticides dans l'alimentation, il sera probablement nécessaire de mettre en oeuvre des mesures de santé publique."

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