Le rapport des Français à l'alcool inquiète les experts de la santé

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En France, la consommation d'alcool n'a pas diminué depuis 2014.
En France, la consommation d'alcool n'a pas diminué depuis 2014.
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© iStock, pogorelova

La France fait partie des pays les plus gros consommateurs d'alcool au monde, se situant à la 6ème place parmi les 34 pays de l'OCDE. Dans un rapport publié le mois dernier, Santé Publique France révélait des données inédites et inquiétantes sur la consommation d'alcool des Français.

Même si notre consommation d'alcool a beaucoup diminué depuis la fin des années 1950, elle est encore trop importante, insistent les médecins. Leur inquiétude est fondée puisque l'alcool est responsable de 49 000 décès en France chaque année. En 2015, parmi les victimes de l'alcool, 16 000 sont décédées d'un cancer, 9 900 d'une maladie cardiovasculaire, 6 800 d'une maladie digestive, 5 400 d'un accident ou d'un suicide et plus de 3 000 d'une autre maladie (maladies mentales, troubles du comportement, etc.).

Les Français boivent trop

En mars 2019, le ministère des Solidarités et de la Santé publiait les nouveaux repères de consommation d'alcool dans une campagne diffusée à la télévision, sur les plateformes de vidéos en ligne et sur les réseaux sociaux : "pour votre santé, l'alcool c'est maximum 2 verres par jour et pas tous les jours". En clair, notre consommation ne doit pas excéder 10 verres par semaine, avec des jours sans alcool.

Mais dans un récent rapport, Santé Publique France montre, chiffres à l'appui, que ces repères ne sont pas respectés par presque un quart des 18-75 ans. Aussi, un Français sur dix consommerait de l'alcool tous les jours. Et ces 10% de gros consommateurs achèteraient plus de la moitié (58%) de tout l'alcool vendu en France. Chez les jeunes, les alcoolisations massives, aussi appelées "binge drinking" sont en hausse, notamment chez les jeunes femmes. Dans une enquête menée entre décembre 2013 et mai 2014 par l'Inpes, 11% des étudiantes interrogées déclaraient avoir été ivres au moins 10 fois dans l'année, contre 7% en 2010 et 2% en 2005.

La promotion de l'alcool n'est pas assez encadrée

Pour les psychiatres et addictologues, cette consommation élevée d'alcool en France s'explique par plusieurs facteurs :

- Un manque d'encadrement sur la promotion des boissons alcoolisées.

- Des produits pas assez taxés et donc bon marché.

- La banalisation de la consommation de vin.

Interrogé par Le Figaro, le Dr Amine Benyamina, psychiatre, insiste sur le fait que "l'alcool reste une substance psychoactive bon marché d'une distribution très large". Quant à l'augmentation du binge drinking chez les jeunes, le spécialiste accuse les industriels de mettre en place des "stratégies marketing pour rendre les boissons alcooliques attractives" en jouant sur le packaging et en commercialisant des produits spécifiques pour les jeunes.

Dans une lettre ouverte adressée à la ministre de la Santé Agnès Buzyn, des médecins accusent ainsi le gouvernement de ne pas assez protéger les Français face aux dangers de l'alcool. Ils demandent notamment de taxer plus fortement l'alcool "pour financer la prévention et les soins et surtout pour réduire sa consommation, notamment celles des plus jeunes". Les médecin signataires de la lettre demandent :

• Une taxe sur les boissons alcoolisées en fonction du gramme d'alcool pur pour financer les soins.

• Une taxe sur les dépenses de publicité, y compris sur Internet, pour financer la prévention.

Enfin, point non négligeable, la France est un pays dans lequel le vin est un pilier de la culture. Il est tellement mis en lumière que sa consommation est devenue quelque chose de normal, bien qu'il soit tout aussi dangereux que les autres boissons alcoolisées s'il est consommé en excès. Le ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume, avait d'ailleurs déclaré en janvier 2019 sur BFMTV que "le vin n'est pas un alcool comme les autres", en soulignant ses bienfaits sur la santé et en précisant qu'il n'avait jamais vu un jeune sortir de boite de nuit ivre à cause du vin. Une déclaration qui avait fait réagir Agnès Buzyn . La ministre de la Santé avait tenu à rappeler à son homologue que "scientifiquement, le vin (était) un alcool comme un autre".

En France, le coût social (soins et campagnes de prévention) de l'alcool est estimé à 120 milliards d'euros par an.

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