Homéopathie non-remboursée : qu'est-ce que ça va changer ?

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À partir du 1er janvier 2021, l'homéopathie ne sera plus du tout remboursée.
À partir du 1er janvier 2021, l'homéopathie ne sera plus du tout remboursée.
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© Adobe Stock, Marc Roche

Marine de Guilhermier

Le 9 juillet 2019, après de longs mois de débats, le gouvernement a annoncé la fin du remboursement de l'homéopathie par la Sécurité sociale pour 2021. Mais que signifie cette décision pour les adeptes de ces petites granules et les laboratoires qui les créent ?

L'efficacité de l'homéopathie a toujours été controversée, cette forme de médecine douce ayant autant de défenseurs que de détracteurs. Une partie de ces derniers a d'ailleurs longtemps milité pour son déremboursement et a finalement obtenu gain de cause le 9 juillet dernier, jour où la ministre de la Santé Agnès Buzyn a annoncé s'être rangée à l'avis de la Haute Autorité de santé (HAS), laquelle avait estimé le 26 juin dans un rapport que "ces médicaments n'(avaient) pas démontré scientifiquement une efficacité suffisante pour justifier d'un remboursement". Malgré tout, le déremboursement total ne sera effectif qu'au 1er juin 2021, Agnès Buzyn ayant "souhaité une période de transition", comme elle l'avait expliqué au Parisien dans la foulée de sa décision, précisant : "À partir du 1er janvier 2020, nous mettons donc en place une année de remboursement intermédiaire à 15%, contre 30% aujourd'hui."

Une hausse des prix en vue ?

Si l'homéopathie n'est pas jugée efficace par une partie du corps médical, beaucoup de Français y ont tout de même recours régulièrement pour se soigner et ces derniers pourront être impactés par la décision du gouvernement. En effet, dérembourser les petites granules ouvre la voie à une augmentation de leur prix. D'une part car les médicaments remboursés en totalité ou partiellement par la Sécurité sociale bénéficient d'un taux particulier de TVA à 2,1%, contrairement à ceux qui ne le sont pas du tout et qui sont donc soumis à une TVA de 10%. D'autre part car les laboratoires seront désormais libres d'augmenter leur prix (ce qu'ils risquent de faire pour compenser l'éventuel baisse de volume), tout comme les pharmaciens qui pourront maintenant augmenter leur marge. En moyenne, d'après la DREES (Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques), quand un médicament est déremboursé, son prix augmente de 39%.

Une prise en charge par les mutuelles ?

Cependant, Agnès Buzyn - qui estime que si les laboratoires "souhaitent conserver leur marché, ils auront tout intérêt à garder des prix abordables" - a rappelé au Parisien que "l'an passé, les plus grands consommateurs n'ont reçu que 25 euros de l'Assurance maladie", une grande partie des tubes homéopathiques n'étant en réalité déjà pas remboursée. Et d'assurer : "Ils représentent moins de 1% des Français. Je ne pense donc pas que cette mesure freinera le recours à l'homéopathie." Par ailleurs, il est probable que certaines complémentaires santé telles que les mutuelles adapteront leurs forfaits en proposant une prise en charge des granules.

Quid des laboratoires ?

Au moment des débats concernant ce fameux déremboursement, les laboratoires spécialisés dans l'homéopathie ont assuré que 1 300 salariés seraient menacés si la mesure passait. Et si la ministre de la Santé a indiqué ne pas croire "que l'économie des trois laboratoires sera déstabilisée car les Français continueront à utiliser l'homéopathie", le chiffre d'affaires du leader mondial, Boiron, a bel et bien reculé en 2019, notamment au deuxième trimestre. "Cette baisse provient essentiellement de la France où les ventes ont reculé de 12,0%. Hors France, les ventes progressent de 3,5%", a affirmé le groupe dans un communiqué en juillet.

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