Déni de grossesse : comment l'expliquer ?

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Dans le cas d'un déni de grossesse, le ventre ne s'arrondit pas, ou très peu.
Dans le cas d'un déni de grossesse, le ventre ne s'arrondit pas, ou très peu.
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Émilie Nougué

Lorsqu'une femme est enceinte sans le savoir, on parle de déni de grossesse. Un phénomène plus courant qu'on ne le pense puisqu'il toucherait chaque année entre 800 et 2000 femmes en France, mais qui reste mystérieux et trop souvent tabou. Comment expliquer que l'on puisse attendre un enfant sans même s'en rendre compte ?

Deux types de déni de grossesse

Le déni de grossesse - à ne pas confondre avec la dénégation de grossesse, où la femme sait au fond d'elle qu'elle est enceinte mais ment aussi bien à son entourage qu'à elle-même -, peut-être soit partiel, soit total. Partiel lorsque la grossesse est découverte entre le 3e et le 8e mois (il s'agit du cas le plus fréquent), total lorsqu'il se solde par un accouchement inopiné. Dans ce dernier cas, c'est souvent aux urgences que la future maman, venue pour de fortes douleurs au ventre, apprend qu'elle va donner naissance à un bébé dans quelques heures. Une annonce violente, traumatisante, qui peut avoir de graves répercussions psychologiques si la femme n'est pas accompagnée correctement.

Des règles qui continuent, un ventre toujours plat...

Si la femme ne se rend pas compte qu'elle est enceinte, c'est parce que son corps ne montre aucun des symptômes habituellement liés à la grossesse. Les règles ont toujours lieu tous les mois, le ventre ne gonfle pas, les nausées du premier trimestre sont absentes... Anatomiquement, le corps s'est adapté au déni. L'utérus se développe verticalement au lieu de basculer vers l'avant tandis que le foetus se place sous les côtes, ce qui rend le ventre moins proéminent et trompe aussi bien la future mère que ses proches.

Certaines femmes peuvent connaître une légère prise de poids dépassant rarement les 4 kilos, mais elles associent cela à autre chose, comme un excès alimentaire. D'autres encore - 38% d'entre elles, selon un rapport de 2010 du Collège National des Gynécologues Obstétriciens Français (CNGOF) - consultent pour des douleurs abdominales, des troubles digestifs ou des menstruations irrégulières, mais les médecins ne parviennent pas à déceler leur grossesse.

Quand l'esprit prend le dessus sur le corps

Comment expliquer cette absence de symptômes ? Si le déni de grossesse est encore entouré d'un voile mystérieux, la communauté médicale s'accorde à dire qu'il s'agit d'un mécanisme de défense psychique de la femme contre une situation qui lui semble impossible à gérer. Ce phénomène est souvent dû à des problèmes relationnels, une pression familiale, une mauvaise situation financière ou une carrière professionnelle prenante. Parfois la femme est persuadée qu'elle ne peut pas tomber enceinte car on lui a annoncé qu'elle était stérile, ou bien, chez les plus jeunes, à cause d'un énorme manque de connaissances sur la sexualité et la procréation. Cette négation inconsciente de la grossesse prend le dessus sur le corps, qui ne montre alors aucun changement. Le déni de grossesse peut en tout cas toucher toutes les femmes, quels que soient leur âge, leur milieu socio-économique ou leur niveau d'éducation, y compris celles qui ont déjà eu des enfants.

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