Développement de soi : quels enseignements tirer du confinement ?

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Le confinement, une période propice à l'éveil individuel et collectif ?
Le confinement, une période propice à l'éveil individuel et collectif ?
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© Adobe Stock, Drobot Dean

L'heure est au déconfinement et au questionnement : et si ces huit semaines de semi-enfermement avaient été salvatrices sur le plan de la conscience individuelle et collective ? Éléments de réponses avec Monique de Kermadec, psychologue clinicienne.

De nombreux facteurs ont permis de vivre plus ou moins bien le confinement : lieu et qualité d'habitation, télétravail, problème financier, isolement ou famille nombreuse, qualité de la relation avec les autres personnes partageant le même toit... Autre élément important : l'état d'esprit avant la survenue de la pandémie. "Nous sommes entrés dans la crise avec nos propres aptitudes de gestion de la frustration, de la peur, notre propre prise de recul par rapport aux difficultés. Le vécu de cette crise dépend aussi beaucoup de notre personnalité", explique Monique de Kermadec, psychologue.

Un autre regard sur la nature et... Internet

Le confinement a fait revenir dans les villes, des oiseaux, des canards, des animaux sauvages... Une période exceptionnelle qui souligne l'importance de la nature et d'être en extérieur pour son équilibre.Alors qu'à l'extérieur, la nature reprenait peu à peu ses droits, à l'intérieur, le regard porté sur Internet changeait. Entre les cagnottes lancées, les groupes d'entraide formés, les actions sur les réseaux sociaux pour divertir, "on s'est aperçu qu'il y avait une utilisation positive d'Internet. On a pu garder le contact avec nos proches, accéder à des musées de façon virtuelle, participer à des cours, partager...", remarque la psychologue. Un moyen de laisser l'esprit voyager quand le corps, lui, était assigné à résidence.

Tromper l'ennui

"Certains ont été confrontés pour la première fois de leur vie à l'ennui", affirme la psychologue avant d'ajouter : "Le monde extérieur, les autres ne m'apportent plus de distraction, c'est donc à moi d'inventer quelque chose pour m'occuper de façon constructive et pour que le temps passe aussi confortablement que possible". Et même si apprendre à gérer ce temps libre n'est pas toujours simple, il a pu être l'occasion de repenser sa vie : "Quand on ne peut pas sortir comme on veut, acheter ce qu'on veut, il y a forcément un moment où l'on pense à ce qui nous est vraiment essentiel", souligne très justement Monique de Kermadec.

Des êtres fragiles et vulnérables

Dans une société où la fragilité est dénigrée, la mort occultée, une telle pandémie nous rappelle de façon brutale notre caractère mortel. "Nous vivons dans l'illusion de maîtriser de nombreuses choses, on ne parle pas de la mort. Alors quand on se retrouve sous une menace de 'danger de mort', on prend conscience de notre pouvoir limité. Cette notion de vulnérabilité a été un choc", éclaire Monique de Kermadec. Un choc qu'il a fallu accepter après être passé par les différentes étapes de sidération, de colère, de négociation. Un parcours qui a pu se faire seul et/ou grâce aux autres.

La survie c'est les autres ?

Cette crise a révélé la qualité de nos relations. Elle nous a permis de prendre conscience de qui nous fait du bien, qui est essentiel à nos vies, qui ne prend jamais de nouvelles... "On a pu redécouvrir des personnes, se rendre compte que d'autres ne partageaient pas nos valeurs. Cette période a remis en question un certain nombre de choses dans nos rapports à nos proches". Et dans une période où l'autre est à la fois une menace et la solution, naît forcément un moment de tiraillement entre le repli sur soi et la solidarité. Mais le doute n'est pas permis très longtemps car, comme le rappelle la psychanalyste : "On a découvert qu'on a besoin de l'autre. On est interdépendants pour notre bien-être et pour notre sécurité. Avant, l'autre était vu comme un rival à sa réussite et, finalement, on se rend compte que, pour que ça marche, il faut jouer collectif. Dans l'adversité, on a réappris le partage, l'importance d'une communauté. Cette crise a révélé tout le positif qui est en nous !"

Merci à Monique de Kermadec, psychologue clinicienne, psychanalyste et auteure de Un Sentiment de Solitude, éd. Albin Michel.

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