Pilosité et activité sexuelle : y a-t-il un lien ?

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Les femmes en couple s'épilent davantage que celles qui sont célibataires.
Les femmes en couple s'épilent davantage que celles qui sont célibataires.
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© Adobe Stock, gpointstudio

Émilie Nougué

Alors que notre époque semble faire l'apologie des pubis parfaitement épilés, mais que des voix s'élèvent pour prôner un retour au naturel et briser le tabou de la pilosité, il est temps de faire le point : quels rapports entretenons-nous avec nos poils pubiens ?

Les poils, à quoi ça sert ?

Si la toison qu'arboraient nos ancêtres s'est peu à peu clairsemée pour ne concerner que certaines zones de notre corps, dont le pubis, ces poils ayant su résister au temps qui passe sont aujourd'hui considérés par notre société comme une abomination dont il faudrait absolument se débarrasser (surtout chez les femmes). Pourtant, s'ils sont encore là, ce n'est pas par hasard. Les poils protègent ainsi nos zones sensibles de la poussière, des rayons du soleil, des infections, mais également des frottements contre les vêtements et lors des rapports sexuels dans le cas de la pilosité pubienne. Par ailleurs, ils captent les phéromones, ces substances chimiques qui pourraient favoriser l'attraction sexuelle. Les supprimer reviendrait donc à perdre un peu de notre sex-appeal !

Des différences selon le sexe, l'âge et la situation amoureuse

Si ces poils ont donc plusieurs utilités, tout le monde ne choisit pas de les garder. Loin de là. Plusieurs études se sont intéressées à ce sujet et montrent que les comportements diffèrent en fonction de plusieurs facteurs : l'âge, le sexe mais aussi la situation amoureuse. Ainsi, une étude parue durant l'été 2019 dans le Journal of Sexual Medicine et réalisée par Paul Enzlin, chercheur à l'Université de Louvain en Belgique, montre que 88% des femmes de 15 à 20 ans pratiquent l'épilation pubienne contre 66% des femmes de 50 à 60 ans. Les hommes de 15 à 20 ans ne sont que 28% à s'épiler le pubis, un chiffre qui monte à 48% chez les 50-60 ans. Aucun lien entre pilosité et fréquence des rapports sexuels n'est démontré, mais les comportements changent en fonction de la situation amoureuse. Ainsi, les femmes s'épilent davantage le pubis lorsqu'elles sont en couple alors que les hommes adoptent une attitude inverse.

Comment expliquer ce phénomène ?

"Notre hypothèse est qu'il s'agit d'un comportement suscité par l'identité, par les modèles sociaux féminins. Les femmes se sont traditionnellement faites belles pour l'intimité avec leur mari, alors que les hommes n'ont pas ce modèle, du moins pas jusqu'à récemment", confiait Paul Enzlin pour expliquer les résultats de son étude. Les poils sont aussi les victimes collatérales de la pornographie, de laquelle ils sont bien souvent absents, et d'un excès d'hygiène.

Résultat, que ce soit par contrainte culturelle ou hygiéniste, une femme sur deux a déjà refusé de faire l'amour à cause de son épilation, comme le rapportait Santé Magazine en septembre 2018 . Elles sont cependant de plus en plus nombreuses à assumer leur pilosité, une femme sur 4 ne s'épilant pas du tout, soit 6% de plus qu'en 2015, révélait un sondage Ifop paru en février dernier. Là encore, la pratique devient de plus en plus fréquente avec l'âge et le fait d'être, ou non, dans une relation longue.

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